Auteur : Matthew W.

  • Le Parti Québécois, les anglophones et les immigrants : le nationalisme capitaliste nuit au mouvement indépendantiste

    Le Parti Québécois, les anglophones et les immigrants : le nationalisme capitaliste nuit au mouvement indépendantiste

    Plus tôt ce mois-ci, le PQ a remporté le statut de gouvernement minoritaire. L’un des points majeurs à son programme est celui d’un troisième référendum pour l’indépendance. Durant la période électorale, le PQ a essayé de « rallier » le vote des communautés non-francophones (les anglophones plus que les allophones) dans une tentative de se présenter comme « le parti de tout les québécois ». Ces tentatives ont largement échoué : les communautés non-francophones restent solidement derrière les partis non-souverainiste, avec 55% de support en faveur des libéraux, selon certains sondages. Derrière ces chiffres ce n’est pas seulement la bourgeoisie de Westmount et les enfants des colonisateurs anglophones, ce sont aussi une large part de travailleurs et d’étudiants du reste du canada, mais aussi de travailleurs du Moyen-Orient, des Caraïbes, d’Amérique Latine, d’Afrique, et ainsi de suite. Ce qui est vrai de cette élection l’est d’autant plus du troisième référendum proposé par le PQ : 85% des non-francophones voteraient « Non ».

    Face à ces fait les tendances droitières et identitaires du mouvement indépendantiste concluent que leurs politiques chauvines et anti-immigrantes sont justifiées. Ce que cela démontre réellement ce sont les limites d’un mouvement indépendantistes dirigées par des nationalistes capitalistes, qui, avec l’indépendance, reproduiront les même inégalités, la même exploitation, et la même division sociale qui existe aujourd’hui.

    En août, Paul Saint-Pierre Plamondon a lancé une déclaration à la communauté anglo-québécoise à travers le journal de droite National Post intitulé « Anglo Quebecers deserve a better government ». Il déclare que les québécois anglophones et francophones partagent en commun un détérioration des services publics, des conditions de vie et de travail dégradés, la crise du logement, et ainsi de suite. Mais à quoi relie-t-il tout cela ? Il dit « une partie de ce déclin est connecté aux croyances idéologique du fédéral qui ont conduit à une immigration incontrôlée depuis 8 ans ». PSPP veut unir les francophones et les anglophones… en les unissant contre les immigrants. C’est difficilement une vision inspirante pour un futur bâtisseur de nation. Mais de plus, cela laisse complètement de côté la domination du Québec par l’impérialisme anglo-américain à travers des institutions étrangères, des compagnies, des médias, etc., complètement intact. Et cela laisse la bourgeoisie Québécoise, qui exploite à la fois les prolétaires francophones et non-francophones, complètement innocents.

    À d’autres moments, PSPP dit qu’il veut créer un Québec indépendant avec les immigrants. On comprendra facilement les immigrants qui ne le croient pas après avoir entendu ce qu’il à a dire sur l’immigration. Bien que dans sa lettre ouverte à la communauté anglophone il écrive que les immigrants sont « en partie » responsables du déclin social, ils sont en réalité le principal problème identifié par lui dans l’article, et cela est une constante de toute ses déclarations publiques. Il s’est par exemple présenté devant des écoles et blâmé ouvertement la saturation des écoles sur le dos des enfants d’immigrants, fait des déclarations hallucinantes au au media d’extrême droite Rebel News, comme quoi des docteurs serait venu lui dire que les réfugiés représente 20% de l’occupation des hôpitaux. Et il a déclaré que « Le Canada est identifié par ses voisins comme l’endroit où il y a le plus d’infiltration politique dans le monde. » ce qui veut dire qu’il est d’accord avec les théories du complot de l’administration Trump selon lesquelles le Canada serait « infiltré » par des islamistes, la Chine, l’Inde, etc. via l’immigration. Les défenseurs du PQ défendent souvent les politiques anti-immigration de PSPP en disant qu’elles sont dictées par des motifs purement économiques, et aucunement par des préoccupations racistes. Mais PSPP défend les même lois racistes contre le hidjab, proclame haut et fort son « anti-wokisme » tout comme Legault, et ainsi de suite. De plus, son soutien et sa sympathie pour la cause du « séparatisme » Albertain, en dépit du fait que l’Alberta n’est pas une nation opprimée, simplement parce que leur référendum a démontré la présence de sentiment anti-immigration au sein de la population. La direction du PQ a démontré la nature réactionnaire de son anti-fédéralisme en flirtant avec ces illuminés d’extreme-droite plutôt qu’en combattant pour gagner les immigrants et les autochtones à la cause de l’indépendance.

    La réalité est que l’immigration n’est pas le problème : le problème c’est le capitalisme, et tout le « déclin social » dont PSPP rend les immigrants responsables est le résultat de l’austérité et des crises du capitalisme. Il y a plus de 25 000 logements vides rien qu’à Montréal. Les loyers, les services, et le coût de la vie continuent d’augmenter, alors que les salaires restent stagnants et que le travail devient de plus en plus précaire. Le chômage continue d’augmenter en dépit d’une abondance de travail. La CAQ a coupé plus de 550 millions de financement en éducation et des millions dans la santé. Les médecins eux-mêmes ont énergiquement rejeté les politiques anti-immigration comme étant nuisible au système de santé. Des lois racistes comme la loi 21 empêchent des professeurs qualifiés d’enseigner malgré le manque d’enseignants. Le déclin du français est du aux coupures dans la francisation et l’éducation gratuite des nouveaux arrivants. La réponse du PQ n’est pas d’augmenter le financement mais simplement de réduire l’immigration. Mais renvoyer des gens n’accroît pas les ressources le personnel et les services. Les restrictions du gouvernement fédéral sur l’immigration et le déclin massif des étudiants internationaux et des nouveaux arrivants, justifié comme un relâchement sur les marchés de l’emploi et du travail, a au mieux un impact mineur. C’est pourquoi renforcer le sentiment anti-immigrant est devenu si populaire parmi les parti bourgeois : c’est un bouc émissaire facile et un outil utile pour diviser la classe ouvrière.

    Maigres ses critique de la CAQ, PSPP ne représente pas de véritable alternative. PSPP propose des réductions de textes pour les corporations, un « éducation de la bureaucratie » qui signifie toujours une réduction du nombre de fonctionnaires et de service, et il a promis de limiter les services sociaux existants avec une « repriorisation » des fonds existants. Ce qui signifie que les coupures seront généralisées, et que le financement sera ou bien stagnant ou bien de faibles investissements dans d’autres secteurs. Au mieux, la politique du PQ est simplement de gérer l’austérité du mieux que possible sans améliorer la situation de la classe ouvrière, et d’être le plus favorable possible à la classe dirigeante et à ses profits que possible. Pour masquer cette réalité, ils utilisent les immigrants et le chauvinisme culturel comme un écran de fumée pour distraire la population et diviser la classe ouvrière contre ses frères et sœurs d’ailleurs.

    Le chauvinisme réactionnaire politique du Parti Québécois n’a pas seulement divisé la classe ouvrière, il a aussi tiré dans le pied du mouvement indépendantiste par la même occasion. Dans les années 1990, Pierre Vallières nous mettait en garde à ce propos :

    « Quoi qu’en disent les ténors néo-libéraux des années quatre-vingt-dix (…) les idées d’État-nation, d’unilinguisme et d’intégration ethnique dont ils se réclament, les conduisent à privilégier l’État culturellement homogène et à pratiquer une sorte d’apartheid linguistique et même social qui les empêche de faire reposer le projet de sécession du Québec sur un véritable consensus « national » entre toutes les parties concernées, c’est-à-dire dans le cas singulier du Québec : la majorité francophone, la minorité anglophone, les peuples autochtones et métis, les communautés juive, italienne, noire, asiatique, etc. Voilà pourquoi le risque reste grand au Québec de voir le nationalisme des francophones « pure laine » se pervertir en une forme dégénérative, xénophobe ou raciste, du sentiment populaire. »

    La naissance du mouvement indépendantiste était le combat contre la domination de la société québécoise par l’impérialisme et le colonialisme anglo-canadien et américain, et la meilleure branche de ce dernier se voyait comme anticolonialiste, internationaliste et socialiste, un mouvement d’indépendance qui se débarrasserait de l’oppression nationale, culturelle et entre les classes sociales. Cette branche du mouvement indépendantiste était solidaire de l’Irlande, de la Palestine, de l’Algérie, de Cuba, du mouvement de libération noire, et se voyait comme un lien vital dans le processus de création d’une révolution qui se répandrait à travers l’Amérique du Nord et au-delà. Sous la direction du PQ, l’indépendantisme à été réduit à un projet entrepreunarial de création d’une zone commercial compétitive et à la création des meilleures conditions possibles pour un capitalisme local. L’avertissement de Vallières est devenu une réalité. La seule façon pour l’indépendance de devenir un projet viable est de restaurer ses traditions révolutionnaires, socialistes et internationalistes, des de détacher le projet de la mission capitaliste que lui assigne le PQ. Une indépendance réactionnaire et capitaliste conduira inévitablement les autochtones, les immigrants, les étudiants, les couches opprimées et le prolétariat loin de la cause indépendantiste. Et cela crée déjà de sérieuses barrières et division pour la cause indépendantiste.

    Le PQ capitaliste ne peut pas offrir ni de gain à court terme pour la classe ouvrière, ni un Québec indépendant. En plus de sa promotion d’un Québec capitaliste avec le racisme, la division et l’oppression de classe que cela implique, la bourgeoisie québécoise reste largement lié au gouvernement fédéral et à son économie, aussi bien qu’au capitalisme américain. Le droit à l’autodétermination, aussi bien que l’indépendance effective, peuvent dès lors uniquement être consciencieusement et réellement défendue par la classe ouvrière et à travers la lutte non seulement contre l’État canadien, mais contre sa bourgeoisie nationale. La base sociale pour la libération du Québec ne peut dès lors être que la révolution permanente, puisque le prolétariat est la seule couche de la société qui a à la fois l’intérêt et la position sociale pour mettre fin à la domination du Québec par le capitalisme, le colonialisme et l’impérialisme étranger.

    Pour accomplir cela, la classe ouvrière doit s’unir au-delà de toutes les lignes de fractures et commencer à combattre contre toutes les formes d’oppression et de division pour gagner cette unité. En lien avec l’indépendance cela veut dire combattre pour gagner la direction du mouvement indépendantiste et le détacher complètement du PQ et de son programme réactionnaire et capitaliste. Pour cela, nous avons besoin de construire une organisation socialiste révolutionnaire capable d’intervenir effectivement dans toutes les luttes de la classe ouvrières et des opprimés, et d’unir toutes ces causes à la lutte révolutionnaire pour le socialisme.