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    Manifestation contre l’expansion de General Dynamics à Valleyfield

    Samedi 30 se tenait à Valleyfield une manifestation pour protester contre l’expansion de l’usine de General Dynamics, complice du génocide en Palestine, par l’envoi d’armes et d’obus à l’armée israélienne.

    Le capitalisme a déjà démontré que pour ce qui est de la planification il est seulement capable d’épuiser les forces productives dans l’intérêt de la guerre

    Léon Trotsky

    Samedi 30 mai les camarades de la Ligue Marxiste Révolutionnaire Québécoise (LMRQ) se sont rendus à la manifestation organisée à l’appel de Genocide Dienamycs pour s’opposer au projet militaire d’expansion de l’usine d’armement de Genral Dynamics à Valleyfield. La manifestation avait pour but de dénoncer la complicité de l’usine dans le génocide en Palestine, puisqu’elle fabrique les obus de 150mm qui sont employés par l’armée israélienne pour tuer des civils hommes, femmes et enfant. Ainsi que le caractère extrêmement polluant du projet, puisque l’usine procède à des incinérations à ciel ouvert extrêmement toxiques pour les habitants de Valleyfield.

    Une manifestation dynamique

    La manifestation s’est déroulée en après-midi entre 14h et 16h, à Valleyfield. Elle regroupait des manifestants locaux, ainsi que des manifestants venu de Montréal en solidarité avec les habitants de Valleyfield victimes de la pollution et avec les palestiniens victimes des obus produits par General Dynamics. La manifestation a commencé avec les discours des organisateurs ont mis l’accent sur la complicité sordide du Canada dans le génocide à Gaza, dont l’usine de munitions de Valleyfield est un exemple frappant et indéniables. Les groupes environnementaux locaux ont également pris la parole pour dénoncer la nature polluante du projet, la contamination des sols et les émanations toxiques.

    La manifestation s’est ensuite poursuivie dans les rues des quartiers résidentiels Valleyfield avant de se rendre à l’usine. Les manifestants ont été biens accueillis par les habitants de Valleyfield, dont certains n’étaient pas encore au courant du projet d’extension ni des projets d’incinération d’explosifs à ciel ouvert. La manifestation aura donc permis de faire connaître l’enjeu aux résidents locaux, dont certains ont même fini par se joindre à la manifestation.

    Après avoir marché dans les rues des quartiers de Valleyfield la manifestation s’est arrêtée devant les grilles de l’usine pour protester. Là plusieurs autres discours ont étés tenus pour dénoncer la militarisation de l’économie, pour dire que ce projet ne pouvait pas être fait en notre nom, et pour réclamer la démilitarisation de l’usine et la reconversion de sa production pour servir les intérêts de la population.

    Cette manifestation n’était qu’une première étape, et la mobilisation se poursuivra afin de bloquer ce projet nocif, toxique, polluant, militariste, impérialiste et génocidaire.

    Ce n’est qu’un début, continuons le combat !

  • Site Communiste Révolutionnaire Prolétarien

    Trois applications concrètes de la révolution permanente au Québec

    Ce texte vise à expliquer pourquoi la théorie de la révolution permanente est la meilleure stratégie pour la lutte des classes au Québec, et comment celle-ci s’applique à la situation québécoise. Le texte souligne la nécessité de l’autonomie de classe du prolétariat ; le rôle dirigeant que le prolétariat sera amené à jouer dans la lutte de libération nationale québécoise et le caractère internationaliste de la future révolution socialiste québécoise, qui forment trois applications concrètes de la théorie de la révolution permanente au Québec.

    « La théorie de la révolution permanente exige actuellement la plus grande attention de la part de tout marxiste »

    Léon Trotsky, La révolution permanente, Novembre 1929, Minuit, p.124

    « Leur cri de guerre doit être : La Révolution en Permanence ! »

    Karl Marx et Friedrich Engels, Adresse du comité central à la ligue des communistes, Mars 1850, MEW, VII, p.254

    La révolution permanente

    Contrairement à ce que le stalinisme et les staliniens – ces grands falsificateurs de l’histoire – prétendent, la théorie de la révolution permanente n’est pas qu’une pure invention de Trotsky et des « trotskystes », elle trouve son origine dans les textes de Marx et d’Engels eux-mêmes ! C’est à leur suite que Trotsky, à la lumière des trois révolutions russes (celles de 1905, de Février 1917 et d’Octobre 1917), développera cette théorie et qu’il donnera à la révolution permanente son interprétation la plus profonde. Tout au long de sa vie Trotsky continuera d’enrichir cette théorie, notamment dans La Révolution Permanente, où elle s’oppose désormais à la théorie du « socialisme dans un seul pays » de Staline et Boukharine, et dans Le Programme de Transition, qui sera le manifeste de la Quatrième Internationale.

    Mais en quoi consiste la théorie de révolution permanente ? Elle nait de la problématique du lien entre révolution bourgeoise et révolution prolétarienne. Si les révolutions de 1525 en Allemagne, de 1642 en Angleterre et de 1789 en France étaient des révolutions bourgeoises « classiques », i.e. opposant la bourgeoisie à l’aristocratie, la révolution européenne de 1848, Le Printemps des peuples, se démarquait déjà une intense activité révolutionnaire contre l’aristocratie et contre la bourgeoisie. Pourquoi ce changement s’est-il produit ? C’est qu’entretemps le capitalisme naissant avait fait apparaitre une nouvelle classe sociale sur la scène de l’histoire : le prolétariat. Cette classe venait complètement bouleverser l’équation entre bourgeoisie et aristocratie. La bourgeoisie ne pouvait plus réaliser une révolution démocratique contre l’aristocratie à sa droite sans se retrouver confrontée à une révolution prolétarienne à sa gauche. La bourgeoisie devenait ainsi une classe contre-révolutionnaire. Dans ce contexte, il fallait une théorie qui puisse unir les aspects démocratiques d’une révolution bourgeoise, mais aussi ses aspects socialistes d’une révolution prolétarienne, puisque la nécessité d’une révolution démocratique contre la survivance du féodalisme restait nécessaire non seulement pour le prolétariat, mais aussi pour la paysannerie. C’est pourquoi Lénine et Trotsky insistaient sur la nécessité d’une alliance révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie. Quel était alors la tâche du prolétariat au sein d’une telle alliance ? La tâche du prolétariat était désormais d’accomplir une révolution démocratique avec le soutien de la paysannerie, à la fois contre l’aristocratie et contre la bourgeoisie, suivie d’une révolution socialiste ; il devait donc faire la révolution en permanence.

    Le problème du lien entre la révolution bourgeoise (renversement du tsarisme) et la révolution prolétarienne (expropriation des capitalistes) n’était nulle part plus aiguë qu’en Russie, où le capitalisme s’était développé sous le tsarisme au travers du capital étranger, et où le féodalisme subsistait. C’est pour précisément résoudre cette question que Trotsky fit appel à la théorie de la révolution permanente de Marx et d’Engels. Il enrichit l’expérience de Marx et Engels avaient fait de la révolution Allemande de 1848-1850, de sa propre expérience en tant que président du soviet de Saint-Pétersbourg au cours de la révolution de 1905-1907, et exposa sa conception de la révolution permanente dans deux principaux ouvrages : Bilan et perspective (publié en 1906) et 1905 (publié en 1909). Dans ces ouvrages, Trotsky prévoyait que la révolution russe devait être une révolution permanente et que la classe ouvrière pouvait réaliser la dictature du prolétariat en s’appuyant sur la paysannerie révolutionnaire. Renversant le tsar et expropriant les propriétaires fonciers, elle devait ensuite procéder à l’expropriation des capitalistes. La révolution d’Octobre 1917 confirma entièrement le pronostic de Trotsky.

    La théorie de la révolution permanente fut donc l’arme théorique et la stratégie prolétarienne qui permit en pratique de réaliser la première révolution socialiste et prolétarienne de l’histoire. Lénine disait d’ailleurs que « sans théorie révolutionnaire pas de mouvement révolutionnaire » (Que faire ?). Or, si elle a trouvé une application révolutionnaire dans la Russie de 1917, la théorie de la révolution permanente as-telle aussi une application concrète dans le Québec d’aujourd’hui ? Oui ! Et ce sur trois points cruciaux : l’autonomie du prolétariat, la lutte de libération nationale et l’internationalisme révolutionnaire.

    La révolution permanente et l’autonomie du prolétariat

    Pour Marx et Engels, la situation nouvelle créée par le développement des forces productives et l’émergence du capitalisme signifiait qu’il était impossible de retenter la révolution démocratique avec la même composition de classe qu’en 1792. À cette époque, le pouvoir de la convention montagnarde (Robespierre, Danton et Cie) reposait sur la petite-bourgeoisie commerçante et artisanale de Paris qui formait les fameux « sans culottes ». Or, en 1848, cette base sociale avait été considérablement affaiblie : les artisans avaient disparu, ruinés par la grande industrie capitaliste, puis remplacée par le prolétariat industriel. C’est pour cette raison que les montagnards de 1848 ne furent qu’une pâle copie des montagnards de 1789. C’est d’ailleurs à ce sujet que Marx prononça sa célèbre citation « l’histoire se répète deux fois, la première fois comme une tragédie, la deuxième fois comme une farce » (Le dix-huit brumaire). En 1848, c’était désormais le prolétariat qui constituait la classe majoritaire au sein des villes. C’est le prolétariat insurrectionnel parisien qui renversa Louis-Phillipe lors des journées de févriers 1848. Le pouvoir échut cependant en partie à la petite-bourgeoisie, encore constituée par les commerçants et les professions libérales. La bourgeoisie écarta le prolétariat à grand coup de mitraille ce lors des sanglantes journées de juin. La bourgeoisie écarta la petite bourgeoisie du pouvoir par la suite. En 1850, l’alliance de classes entre le prolétariat et la petite-bourgeoisie n’était plus pouvoir, mais elle existait encore dans l’opposition sous le nom de « démocrates-socialistes ».

    Que faire face à cette situation ? La révolution permanente prônée par Marx et Engels recommandait alors au prolétariat de garder la plus grande autonomie vis-à-vis de la petite bourgeoisie, autrement dit, elle recommandait la rupture du bloc démocrate-socialiste pour former un bloc socialiste autonome. Le prolétariat devait former son propre parti et opposer systématiquement ses propres mots d’ordres aux mots d’ordre bourgeois.

    Il est de notre intérêt et de notre devoir de rendre la révolution permanente, jusqu’à ce que toutes les classes plus ou moins possédantes aient été écartées du pouvoir, que le prolétariat ait conquis le pouvoir et que non seulement dans un pays, mais dans tous les pays régnant du monde l’association des prolétaires ait fait assez de progrès pour faire cesser dans ces pays la concurrence des prolétaires et concentrer dans leurs mains au moins les forces productives décisives. Il ne peut s’agir pour nous de transformer la propriété privée, mais seulement de l’anéantir ; ni de masquer les antagonismes de classe, mais d’abolir les classes ; ni d’améliorer la société existante, mais d’en fonder une nouvelle. (Karl Marx et Friedrich Engels, Adresse du comité central à la ligue des communistes)

    Anéantissement de la propriété privée, abolition des classes sociales et fondation d’une nouvelle société sur la base de la collectivisation des moyens de production, telle était la position de Marx et Engels.

    En quoi la théorie de la révolution permanente-t-elle que conçue par Marx et Engels en 1850, s’applique-t-elle au Québec d’aujourd’hui. Dans la société québécoise le prolétariat est massif et constitue l’immense majorité du peuple. Pourtant, il n’existe aucun parti prolétarien. En effet, le Parti Libéral, le Parti Québécois et la Coalition Avenir Québec représentent tous les intérêts de différentes factions de la bourgeoisie nationale québécoise, de la bourgeoisie « comprador », tandis que Québec Solidaire représente exactement cette alliance informe entre petite-bourgeoisie issue des professions libérales et prolétariat, qui se présentait comme « démocrate-socialiste » et que Marx et Engels condamnaient en 1848-1850, mais qui se présente désormais sous l’appellation « social-démocrate ». Non pas sociaux-démocrates comme l’étaient les partis de la IIe internationale, comme le SPD allemand ou le POSDR qui étaient de vrais partis ouvriers, mais « sociaux-démocrates » comme les petits-bourgeois de 1848-1850 qui condamnaient le prolétariat à l’impuissance. Les « solidaires » – mot, ô combien révélateur, qui montre que ces derniers ne sont pas des prolétaires défendant leurs propres intérêts de classes, mais des petits-bourgeois pratiquant la « charité » – veulent modifier la propriété, réduire les inégalités entres les classes et améliorer la société existante, et non pas abolir la propriété, les classes sociales ou la société capitaliste afin de passer au socialisme.

    C’est dans le contexte québécois – qui résulte non pas de la faiblesse numérique du prolétariat, ni d’un massacre des ouvriers comme les journées de juin, mais de l’absence criante d’une conscience de classe qui soit politique et non pas purement économique, « trade-unioniste » comme disait Lénine (Que faire ?) – que le mot d’ordre « d’autonomie du prolétariat » retrouve tout son sens. À vrai dire nous avons tellement régressé en termes de conscience de classe politique et d’organisation que nous sommes retombés au niveau de 1848-1850 ! Au Québec, le prolétariat est assez nombreux et assez fort pour accomplir une révolution permanente – de l’état actuel jusqu’au communisme – qui réalisera toutes les tâches historiques du prolétariat, qu’elles soient démocratiques ou socialistes. Mais pour accomplir ces tâches, il doit constituer un parti de classe autonome, un parti communiste.

    La révolution permanente et la lutte de libération nationale

    Trotsky soulignait que la libération nationale faisait partie des tâches devant traditionnellement être accomplies par la bourgeoisie nationale, comme ce fut le cas pour les révolutions coloniales en Amérique. Mais la bourgeoisie étant devenue une classe réactionnaire, alliée à la bourgeoisie financière impérialiste, cette tâche incombe désormais au prolétariat. Le prolétariat doit alors mener une révolution permanente qui comprenne à la fois la tâche dite démocratique de libération nationale contre l’impérialisme et des tâches socialistes d’expropriation des capitalistes. « Il est contraint de combiner la lutte pour les tâches les plus élémentaires de l’indépendance nationale et de la démocratie bourgeoise avec la lutte socialiste contre l’impérialisme mondial », déclare Trotsky (Le programme de transition).

    La théorie de la révolution permanente apporte donc une solution parfaite à la question nationale québécoise – ou plutôt aux questions nationales, car il ne faut pas oublier les peuples autochtones – à la question de l’indépendance du Québec. Non seulement en tant que théorie mais en tant que stratégie de lutte de classe. La lutte de libération nationale québécoise ne peut pas être réalisée par la bourgeoisie nationale. Celle-ci est effectivement trop liée au capital étranger de l’impérialisme anglo-américain, et même de l’impérialisme tout court, pour briser l’État fédéral canadien, qui est, pour reprendre l’expression de Lénine, une véritable « prison des peuples ». Nos compradors québécois sont bien trop paniqués à l’idée d’une fuite des capitaux pour entreprendre de mener la lutte de libération nationale à la tête de la nation contre l’impérialisme anglo-américain. Ce qu’ils veulent, c’est la libre circulation des marchandises – rappelons que le Canada a été fondé sur la base d’un chemin de fer, bref d’un projet mercantile – et la libre circulation des capitaux au sein de leur prison des peuples. La bourgeoisie québécoise se soucie bien trop de ses placements dans le reste du Canada, de ses placements dans les bons du trésor canadien et du cours du dollar canadien pour tenter quoi que ce soit contre l’impérialisme, qu’il soit anglo-britannique ou anglo-américain. La tâche de libération nationale, l’indépendance du Québec, incombe donc au prolétariat.

    S’il semble y avoir une opposition entre une bourgeoisie nationale fédéraliste alliée à la bourgeoisie impérialiste issue de la colonisation britannique, incarnée par le parti libéral, et une bourgeoisie nationale « indépendantiste », incarnée par le parti québécois – avec les caquistes occupant une position entre les deux – ce n’est qu’une apparence. Le parti québécois n’a jamais été indépendantiste, mais il a toujours été souverainiste, il y a une nuance, et elle n’est pas mince. Son but a toujours été la « souveraineté-association » avec le Canada, autrement dit, la renégociation du fédéralisme avec la bourgeoisie canadienne-anglaise. Relisez Option Québec de René Lévesque. C’était le sens de la question « incompréhensible » du référendum de 1980, des négociations avec Trudeau sur le rapatriement de la constitution en 1981 – qui culminèrent avec La nuit des longs couteaux – ainsi que du Beau risque en 1984. Les indépendantistes qui s’attachent au parti québécois en croyant qu’il est indépendantiste sont comme ces ouvriers qui restaient attachés à leurs vieux partis de la IIe Internationale en étant persuadés qu’ils étaient socialistes, alors qu’ils ne l’étaient plus depuis déjà longtemps. En vérité, la seule différence, c’est que le parti québécois n’a jamais été indépendantiste. Et à ce titre il n’accomplira jamais l’indépendance.

    Et pourquoi le parti québécois n’a-t-il pas encore accomplit l’indépendance et pourquoi ne pourra-t-il jamais l’accomplir ? Parce que c’est un parti de la bourgeoisie nationale, et que la bourgeoisie nationale est devenue une classe contre-révolutionnaire, alors que la lutte de libération nationale contre l’impérialisme exige précisément d’avoir recours à la révolution. La bourgeoisie nationale des pays dominés par l’impérialisme ne peut plus employer l’arme de la révolution contre l’impérialisme, comme à l’époque révolutions latino-américaines, sous peine de se trouver elle-même confrontée à une révolution prolétarienne. Cette situation caractéristique des pays dominés par l’impérialisme, vaut aussi pour le Québec.

    Le Canada, qui comme tous les États a été fondé sur la violence, et plus particulièrement sur la violence coloniale et impérialiste, ne peut être défait que par la violence. La lutte de libération nationale ne peut être menée que par la révolution, et qui plus est la révolution permanente. C’était le cas en 1837-1838 avec la révolution des patriotes, qui était déjà prolétarienne dans sa composition de classe, alors même que le prolétariat ne constituait qu’une minorité de la population, exactement comme en Russie. Mais contrairement à la Russie, c’était une minorité numériquement trop faible, ce qui conduisit à l’échec de cette révolution. C’est aussi ce qu’avait compris le Front de Libération du Québec – qui, rappelons-le, était marxiste – et dont le manifeste déclare qu’il veut « l’indépendance totale des Québécois, réunis dans une société libre purgée à jamais de sa clique de requins voraces, les ‘’big boss’’ patronaux et leurs valets qui ont fait du Québec leur chasse gardée du cheap labor et de l’exploitation sans scrupules » (Manifeste du FLQ). Le FLQ avait compris la nécessité d’une révolution armée, mais il ne concevait pas cette révolution comme le produit d’une révolution prolétarienne de masse : il la voyait comme le fait d’une petite avant-garde terroriste, à la manière des anarchistes ou des socialistes-révolutionnaires russes, et c’est pourquoi sa révolution a échoué, écrasée par la loi martiale.

    Mais le parti québécois a-t-il tiré les leçons de l’histoire de la lutte de libération nationale québécoise ? A-t-il compris qu’à chaque fois que les québécois essayent de se libérer de cette prison des peuples qu’est le Canada, l’impérialisme britannique et la bourgeoisie canadienne répondent par la violence, par la pendaison des révolutionnaires de 1837-1838 ou par la loi des mesures de guerre ? Non, ils s’imaginent pouvoir faire l’indépendance « pacifiquement », par voie de référendum, alors qu’un référendum victorieux ne ferait que se solder par un scénario à la Catalane, c’est-à-dire par une situation révolutionnaire où la violence insurrectionnelle serait nécessaire. Et pourquoi cela ? Parce que le parti québécois est un parti bourgeois, et que tout appel à la révolution se muerait inévitablement en révolution prolétarienne qui s’attaquerait inévitablement à la propriété privée, autrement dit qui les exproprierait eux.

    La lutte de libération nationale québécoise devra donc être menée non pas avec mais contre la bourgeoisie nationale, contre nos compradors québécois. « Sur la base du programme démocratique révolutionnaire, il faut opposer les ouvriers à la bourgeoisie ‘’nationale’’ », disait Trotsky (Le programme de transition). L’accomplissement de la révolution démocratique – la libération nationale et l’abolition de la monarchie britannique – exige le renversement de la bourgeoisie nationale. Non seulement d’un point de vue démocratique, mais aussi – et surtout – d’un point de vue socialiste. Car le prolétariat québécois ne cherche pas à collaborer avec sa bourgeoisie nationale, il veut la renverser pour se libérer de son exploitation.

    La question nationale québécoise ne peut être réglée que par la révolution prolétarienne, par une révolution permanentequi part de la révolution démocratique pour la libération nationale des peuples opprimés du Canada – francophones et autochtones – pour se transformer en révolution socialiste qui se propage par la suite dans tous les pays du monde jusqu’à l’achèvement de la société sans classes, sans État et sans exploitation qu’est le communisme.

    La révolution permanente et l’internationalisme révolutionnaire

    La théorie de la révolution permanente oppose aussi l’internationalisme révolutionnaire au pacifisme petit-bourgeois. Ce point est particulièrement important en ce qui concerne la situation actuelle. Dans le cadre des mouvements de solidarité avec les peuples palestiniens, le kurdes, cubains, iraniens, libanais ou vénézuéliens, nous assistons à des mouvements qui n’ont très souvent rien de marxistes et qui versent complétement dans le pacifisme.

    Quelle est l’idée de base du pacifisme et en quoi se distingue-t-il de l’internationalisme révolutionnaire des marxistes et de la révolution permanente ? Le pacifisme s’imagine qu’on peut stopper la guerre sans révolution et par les seuls « moyens de pression » pacifiques, tandis que la position marxiste affirme que la guerre ne peut être empêchée que par la révolution prolétarienne. Dans les faits, une situation où de simples « moyens de pressions » suffiraient, où la bourgeoisie ne serait plus libre de faire la guerre, n’est rien d’autre qu’une situation révolutionnaire. Dans une telle situation, le prolétariat doit se hâter de faire la révolution s’il ne veut pas voir cette occasion de faire la révolution se solder par une contre-révolution bourgeoise.

    L’histoire a confirmé la position du marxisme : aucun moyen de pression n’a réussi à stopper la première guerre mondiale. C’est la révolution bolchévique d’Octobre 1917, ainsi que les révolutions Allemande et Autrichienne de novembre 1918, qui mirent fin à cette boucherie impérialiste. La politique de l’Internationale Communiste, fondée en 1919, reposait précisément sur ces leçons apprises lors de la première guerre mondiale. C’était une politique internationalisterévolutionnaire et prolétarienne. Mais lorsque la bureaucratie stalinienne parvint à s’emparer du pouvoir, elle mit fin à cette politique au profit d’une politique nationalisteréformiste et bureaucratique.

    Staline liquida effectivement l’internationalisme, qu’il remplaça par une politique nationaliste. Il renonça au prolongement la révolution communiste dans les autres pays – comme le prônait la révolution permanente – et lui opposa la politique du « socialisme dans un seul pays ». Désormais, ce n’est plus l’URSS qui vient en aide au prolétariat mondial et à ses révolutions, c’est le prolétariat mondial qui vient en aide à l’URSS. Comment ? En employant des « moyens de pression » pacifiques. Staline a vidé l’Internationale Communiste de sa mission historique – ce qui, au passage, ne s’est pas réalisé sans un très grand nombre de purges pour lesquelles le stalinisme est célèbre – pour en faire un simple relai de la géopolitique du Kremlin. L’Internationale ne défend plus le communisme international dans le monde, mais le socialisme national que les staliniens se chargent de construire dans les limites de la Russie. Et comment comptent-il édifier le socialisme ?

    Non par la révolution, mais par la réforme, par un enchainement de plans quinquennaux dévoyés, qui ne répondent pas aux besoins des masses, mais qui servent à octroyer des privilèges matériels aux bureaucrates et à la création d’une vaste armée pour protéger la bureaucratie à l’extérieur comme à l’intérieur. Ces réformes ne révolutionnent nullement les rapports sociaux ni la vie quotidienne, qu’ils laissent intacts. Au contraire, la bureaucratie rétablit même les valeurs bourgeoises : travail, famille, patrie. La bureaucratie a rétabli l’idée du travail pour le travail avec le stakhanovisme. Elle a rétabli le modèle de la famille bourgeoise, et recriminalisé l’avortement. Enfin, elle a rétablit le nationalisme, le culte de la nation et le chauvinisme grand-russe.

    Et tout cela s’explique par le marxisme et la lutte des classes : contrairement au prolétariat qui est une classe qui existe internationalement, la bureaucratie est une classe exclusivement nationale (elle n’existe qu’en URSS) qui cherche d’abord et avant tout à consolider son pouvoir à l’intérieur de l’Union Soviétique. C’est pourquoi la révolution internationale ne présente aucun intérêt pour elle, au contraire elle représente plutôt un double risque : celui d’une guerre avec les puissances impérialistes, qui risquerait de la renverser, et celui d’une révolution prolétarienne, qui viendrait remettre en cause son existence même, et qui inciterait les prolétaires à la renverser pour restaurer la dictature du prolétariat et le pouvoir des soviets.

    La théorie de la révolution permanente de Trotsky s’oppose triplement aux aspects nationaliste, réformiste et bureaucratique du stalinisme. 1) La révolution permanente s’oppose à cette séparation métaphysique entre révolution nationale et révolution internationale. La révolution permanente doit, comme son nom l’indique, être faite en permanence, de la phase nationale, à la phase internationale jusqu’à l’achèvement du communisme mondial. 2) À aucun moment, la révolution permanente ne se proclame achevée, comme le proclamèrent justement les bureaucrates staliniens, qui limitèrent le socialisme à la nationalisation et à la planification économique dans un seul pays. Elle s’accomplit par la réalisation continue de ses tâches socialistes et communistes d’expropriation, de planification de l’économie, de contrôle ouvrier, d’abolition de la division du travail, du salariat, de l’État et des classes sociales. La révolution permanente enchaine toutes ses phases dans un processus dialectique ininterrompu : de la dictature du prolétariat au socialisme, jusqu’au communisme total. 3) Enfin, la révolution permanente s’oppose radicalement à la bureaucratie, cette classe parasitaire, contre-révolutionnaire et réactionnaire, qui a stoppé le développement de la révolution et qui tend à rétablir le capitalisme comme ce fut le cas en URSS. Elle exige son renversement immédiat par une révolution politique du prolétariat, pour le rétablissement du pouvoir des soviets, qui est la forme légitime de la dictature du prolétariat.

    Au Québec, la révolution permanente trouve une nouvelle application concrète, car toute révolution socialiste québécoise aurait pour tâche immédiate de briser son isolement et de lutter contre une intervention de l’impérialisme canado-étatsunien. Si une telle intervention se produisait, la révolution socialiste québécoise aurait nécessairement besoin de l’aide du prolétariat mondial, et avant tout de l’aide du prolétariat canadien et étatsunien. Non pas d’une aide pacifiste qui userait de « moyens de pressions » dans le but de « neutraliser » la bourgeoisie, mais d’une aide révolutionnaire. Face à une nouvelle occupation militaire canadienne du type Octobre 1970 ou une intervention impérialiste américaine, le prolétariat canadien et le prolétariat américain devraient refuser de mourir au combat dans une guerre injuste pour maintenir un État capitaliste bourgeois, colonial et oppresseur. Ils devraient employer des méthodes révolutionnaires : la désertion au moyen de la propagande auprès des troupes, le sabotage de l’effort de guerre, de la production et du transport de l’armement ainsi que des télécommunications, la grève générale et enfin, la révolution prolétarienne pour renverser leur propre bourgeoisie devraient être les méthodes du prolétariat canadien et américain. Bien plus qu’un « socialisme dans une seule province », la révolution permanente québécoise, produit du développement inégal et combiné du capitalisme mondial et nord-américain, pourrait être un catalyseur pour une révolution nord-américaine, qui permettrait d’accélérer le cours de celle-ci, à condition que le prolétariat parvienne à se mettre à la tête de la lutte de libération nationale québécoise, comme les bolchéviks se sont mis à la tête de la révolution agraire en Russie.

    Finalement, il faut souligner que la révolution permanente vaut aussi en ce qui concerne la question autochtone. Tout comme la bourgeoisie nationale québécoise la bourgeoisie autochtone est impuissante. De surcroit, la bourgeoisie autochtone est même quasi inexistante. Elle ne peut donc pas mener la lutte de libération des peuples autochtones. De même que le prolétariat québécois, les peuples autochtones ne peuvent pas non plus attendre quoi que ce soit de la direction de leur petite-bourgeoisie autochtone qui, incapable d’instaurer un mode de production « petit bourgeois », qui n’existe pas, devra se résigner à conserver le capitalisme, et qui pour ces raisons livrera le prolétariat autochtone en pâture aux capitalistes impérialistes, comme le firent tous les partis soi-disant « petits bourgeois ». La lutte des peuples autochtones se pose non seulement à l’échelle nationale, entre les différentes nations autochtones de la prison des peuples canadienne, mais également à l’échelle continentale de toute l’Amérique, ainsi qu’à l’échelle internationale. C’est pourquoi la lutte des peuples autochtones doit également se concevoir dans une perspective internationaliste, tout comme la théorie de la révolution permanente. Enfin, la solidarité avec les autochtones devrait être menée par des moyens non pas pacifiques, mais des moyens révolutionnaires.

    Conclusion

    Ainsi, loin de se limiter au cadre national étroit du Québec, la révolution québécoise serait donc le prélude à une révolution internationale. La révolution permanente permet à la fois de s’opposer à l’indépendantisme borné par le nationalisme (qui soit-dit en passant, tend de plus en plus vers le racisme et la xénophobie) et au pancanadianisme « de gauche », qui n’est en fait qu’un social-chauvinisme (socialiste en théorie, chauviniste en pratique) qui masque son nationalisme anglais sous le mot d’ordre du « droit des peuples à l’autodétermination ». Cette expression n’est au fond qu’une formulation bourgeoise qui dénote une attitude centriste, c’est-à-dire, pour la libération nationale en théorie, mais pour le social-chauvinisme, le fédéralisme et le sauvetage de la prison des peuples qu’est l’État canadien, dans la pratique. En réalité, les partisans de cette formule luttent systématiquement contre les mandats en faveur de l’indépendance dans les syndicats ouvriers, en réalisant le sale travail de la bourgeoisie impérialiste canadienne à sa place, là où celle-ci est sans influence, comme l’ont toujours fait les groupes staliniens (comme les soi-disant « marxistes-léninistes » qui ne sont ni marxistes, ni léninistes, mais purement staliniens).

    La révolution permanente nous permet enfin de dire que la lutte de libération nationale n’a pas pour but la création d’un État capitaliste québécois qui serait tout aussi exploiteur et oppressif pour le prolétariat québécois et les peuples autochtones, mais l’abolition de l’État par la société communiste. « Tant que l’État existe il n’y a pas de liberté; quand régnera la liberté il n’y aura plus d’État » disait Lénine (L’État et la révolution). L’objectif de la révolution québécoise, c’est de briser l’État colonial canadien. Cette tâche dite démocratique, qui comprend l’abolition de la monarchie britannique, du gouverneur général de sa « majesté » et du parlementarise à l’anglaise sauce Westminster, fait – à cause de l’impuissance de nos compradors québécois à accomplir ces mêmes tâches démocratiques depuis plus de 250 ans – que la dictature du prolétariat peut se produire plus rapidement au Québec. Mais la théorie de la révolution permanente nous enseigne que la révolution prolétarienne victorieuse doit poursuivre sa course victorieuse jusqu’à l’achèvement du communisme, autrement dit d’une société sans État.

    En conclusion, la seule théorie, le seul mot d’ordre, et nous disons même plus, la seule stratégie de lutte de classe qui permette d’accomplir la révolution prolétarienne, la dictature du prolétariat, le socialisme et le communisme au Québec, c’est la révolution permanente.