Comment le sport est-il devenu une manifestation du capitalisme et de l’idéologie bourgeoise.

Nous sommes à la veille de la finale de la Coupe du monde de soccer, un événement qui promet de regrouper plus d’un milliard et demi de téléspectateurs. Le sport étant un phénomène de masse de nos sociétés capitalistes, il est intéressant, et même nécessaire, de l’étudier d’un point de vue marxiste.
Les origines capitalistes du sport
Premier point important: le sport n’a pas toujours existé. Le sport tel qu’on le connait apparait au XIXe siècle en Angleterre, en même temps que le capitalisme. Bien sûr, il existait de nombreuses formes d’activités physiques avant l’apparition du sport et du capitalisme. Or, ce qui caractérise le sport capitaliste, ce n’est pas l’activité physique, mais la compétition: le sport, c’est la récupération capitaliste des formes de jeux qui existaient avant le capitalisme (jeux grecs, loisirs, etc.) et qui, eux, se caractérisaient par l’activité physique et les règlements, mais pas par la compétition. Alors que le but du jeu était alors le loisir, le capitalisme va faire de la performance le but du sport capitaliste. C’est ainsi, par exemple, que l’équitation sera transformée en course de chevaux.
Initialement réservée à la seule bourgeoisie, la situation du sport change à mesure que les conquêtes ouvrières de la fin du XIXe siècle et du début du XXe permirent aux ouvriers de réduire le temps de travail et de gagner davantage de temps libre. La question du temps libre devient alors un enjeu central pour le capitalisme, qui doit empêcher la classe ouvrière d’utiliser ce temps nouvellement acquis pour s’organiser politiquement et pour lutter contre le capitalisme. C’est alors la naissance des loisirs capitalistes destinés à occuper les ouvriers pendant leur temps libre, le sport devient ainsi un moyen de contrôle social par excellence. Les loisirs capitalistes, en tant que marchandises (comme loisirs payants), auront également pour fonction de récupérer le surplus d’argent dont bénéficient les ouvriers grâce aux luttes syndicales. C’est ainsi que les capitalistes créèrent de nombreux clubs sportifs associés à leurs usines ou leurs entreprises et qu’il subventionnèrent les billets auprès de leurs ouvriers et de leurs familles afin de créer un spectacle capitaliste.
Le sport comme conditionnement
Le contrôle social n’est pas la seule chose que le capitalisme obtient grâce au sport. Le sport est également un merveilleux outil capitaliste de conditionnement, à savoir, un instrument de conditionnement au travail. En développant la force physique, la vitesse et l’endurance, le sport permet d’utiliser le temps libre des ouvriers pour démultiplier la force de travail qu’ils consacreront par la suite à leur patron (leur permettant de travailler plus longtemps, plus rapidement et plus fort). L’entraînement sportif, avec ses répétitions de mouvements et sa progression toujours plus intense, imite à la fois la répétition et l’intensification du travail. Le sport est donc une parfaite préparation au travail.
Mais le sport ne sert pas exclusivement de méthode de conditionnement au travail, il s’agit également d’une méthode de conditionnement militaire. En effet, dès le XIXe siècle, les idéologues du sport, comme le baron Pierre de Coubertin (le fondateur des jeux olympique modernes), sont explicites sur le fait que le sport servira de préparation militaire pour les guerres à venir. Le sport prépare physiquement les corps pour l’effort guerre en développant les attitudes physiques (endurance, dextérité, etc.) nécessaires à la formation de bons soldats (les exercices sportifs/physiques sont d’ailleurs à la base des exercices militaires). L’entrainement sportif discipline d’ailleurs les athlètes comme l’armée discipline les soldats. Enfin, les compétitions sportives internationales (type jeux olympiques) préparent déjà l’affrontement entre les nations. Le sport agit donc comme un double conditionnement: conditionnement à l’exploitation capitaliste et aux guerres impérialistes.
Le sport comme marchandise
Il va sans dire que le sport agit également comme une branche majeure de l’économie capitaliste. Construction de stade, équipements sportifs, services sportifs et bien évidement les équipes de sport professionnelles avec les matchs et leurs droits de diffusions, tous ces éléments sont constitutifs d’une économie du sport évaluée à 2 300 milliards de dollars. Autant dire que l’économie sportive n’est pas une mince affaire. Alors que le jeu constituait une forme de loisir libre et désaliénante, le sport en tant que loisir capitaliste réintègre le temps des loisirs dans la sphère de l’économie capitaliste et plus particulièrement dans la sphère de la consommation.
Or qui dit marchandise dit non seulement travailleurs prolétarisés afin de produire ces marchandises, mais également exploitation capitaliste afin de générer un profit. On connaît bien les pratiques des géants du sport tels que Nike ou Adidas, avec des délocalisations en Asie du Sud-Est, l’exploitation du travail des enfants, des salaires de misère et des heures de travail qui n’en finissent plus. Autre exemple: celui des travailleurs immigrés employés pour la construction des stades lors de la précédente coupe du monde de soccer au Quatar en 2022. Autrement dit, le sport est une source de profit capitaliste, mais ce profit ne se génère pas seul, il implique l’exploitation de la classe ouvrière par la bourgeoisie. La lutte des classes se retrouve dans le sport comme partout ailleurs.
Idéologie sportive et idéologie bourgeoise
Enfin, le sport permet de diffuser et de propager l’idéologie bourgeoise au sein des masses. L’idéologie bourgeoise repose en effet sur cette idée de compétition que l’on retrouve au sein du sport. Au sein de la société bourgeoise, c’est la concurrence et la compétition entre les diverses entreprises qui est valorisée sous prétexte que celle-ci stimulerait l’innovation. Dans le sport, c’est la concurrence entre les athlètes et les équipes. Dans un cas comme dans l’autre, on présuppose que c’est la compétition qui fait ressortir le meilleur, et ce, bien que la concurrence capitaliste favorise les entreprises les plus exploiteuses et se solde par l’apparition de monopoles (soit l’inverse de la compétition). Au contraire, le socialisme mise sur la coopération par opposition à la compétition. Pour le communisme, c’est l’entraide et la solidarité qui permettent de construire une société meilleure. Par le sport, la bourgeoisie peut ainsi promouvoir son idéologie de la compétition au détriment des valeurs de coopération du socialisme.
Mais le sport n’est pas uniquement vecteur de l’idéologie de la compétition, il est également l’un des principaux vecteurs de l’idéologie nationaliste. Les compétitions sportives produisent l’identification à l’équipe nationale et, par extension, l’identification à la nation. Or, la nation, c’est toujours la nation capitaliste dirigée par et pour la bourgeoisie, et qui envoie souvent ses propres citoyens (en grande majorité des prolétaires) mourir dans des guerres absurdes pour les intérêts de la minorité capitaliste de la nation. « Les prolétaires n’ont pas de patrie » comme le disaient si bien Marx et Engels dans le Manifeste du Parti communiste. Or, le sport supprime artificiellement les différences de classes pour faire communier toutes les classes sociales ensemble dans un moment d’euphorie nationaliste et de haine des adversaires étrangers. Poussée à l’extrême, cette idéologie nationaliste conduit au fascisme et c’est pourquoi tous les régimes totalitaires ont investi le sport de masse. Au contraire de l’idéologie nationaliste promue par le sport et la bourgeoisie, le communisme promeut l’internationalisme : « prolétaires de tous les pays unissez vous » telle est la devise du socialisme international.
Conclusion : pour des loisirs libérés du capitalisme
La conclusion qui s’impose est la suivante : sous le capitalisme, les loisirs sont aliénés et aliénants. Ils sont un outil de contrôle social au service des classes dominantes, un outil de mise en condition de la classe ouvrière, une source de profit et d’exploitation capitaliste, ainsi qu’un vecteur de l’idéologie dominante. La coupe du monde de soccer ne fait pas exception. Que faire ? Comme toujours : lutter pour renverser le capitalisme qui est la cause de cette corruption des loisirs. Sortir de cette logique de profit, de concurrence, de performance et d’exploitation en créant une société communiste dont le but est l’épanouissement de chacun. Dans une société communiste, les loisirs ne seraient plus une forme d’aliénation consumériste au service de la bourgeoise, mais auraient pour but le bonheur de l’humanité. Le communisme nous permettrait non seulement de libérer notre temps libre de la servitude capitaliste, mais également de se libérer de l’exploitation capitaliste pour se consacrer pleinement et complètement à nos loisirs.
Conclusion :
Vive le communisme ! À bas le capitalisme !










