Socialisme et indépendance

Résumé de notre conférence du 26 juin 2026 sur le marxisme et les luttes de libération nationale.

Vendredi 26 juin dernier, la Ligue Marxiste Révolutionnaire Québécoise (LMRQ) tenait une conférence intitulée Socialisme et indépendance : le marxisme et les luttes de libération nationale en compagnie du Collectif Alouette. Cette conférence, qui a été un franc succès, a attiré des dizaines de personnes. Nous livrons ici un bref résumé de la conférence à partir des quatre questions qui ont été posées.

Quels sont les liens entre socialisme et indépendance ?

Au cours de la conférence, il a d’abord été précisé que les liens entre socialisme et indépendance du Québec relèvent de la nature particulière du développement du capitalisme au Canada. En effet, le capitalisme au Québec ne s’est pas développé à la suite de l’émergence d’une bourgeoisie endogène (d’une bourgeoisie québécoise), mais à la suite de l’importation massive de capitaux britanniques sur le sol québécois. Or, ce développement particulier du capitalisme au Canada a eut pour effet une prolétarisation massive des artisans et paysans canadiens français et l’enrichissement d’une classe de capitalistes anglophones. Cela donne une coloration nationale à la lutte des classes au Québec, dont la revendication du droit de travailler en français est un bon exemple.

Pourquoi la lutte de libération nationale passe par le socialisme ?

Premièrement, il a été évoqué que seule l’analyse marxiste permet de justifier la lutte de libération nationale du peuple québécois puisqu’il s’agit d’une révolte contre l’impérialisme anglo-américain. La domination du capital anglo-américain sur l’économie québécoise fait subir une exploitation à la classe ouvrière québécoise. Lorsque l’impérialisme américain exporte ces capitaux au Québec, il ne le fait pas pour créer des emplois, mais pour tirer des profits (de la plus-value en terme marxiste). Ainsi, si une partie de nos journées de travail sont consacrée à produire l’équivalent de nos salaire, la plus grande partie est consacrée à générer des profits pour des capitalistes étrangers. Ce fait donne une dimension nationale à la lutte des classes, mais également une dimension de classe à la lutte de libération nationale. Or, ce fait est n’est rendu visible que par la théorie marxiste.

La théorie marxiste permet également de trouver les forces sociales qui sont capables de mener ces transformations. Le prolétariat, classe à la fois la plus nombreuse et la plus indispensable au fonctionnement de l’économie capitaliste, est la seule classe capable de réaliser la tâche de libération nationale québécoise. Qu’il s’agisse de faire l’indépendance par un référendum ou par la révolution, dans les deux cas, la mobilisation de la classe ouvrière sera indispensable. À la fois parce qu’elle constitue la majorité de la population nécessaire à l’obtention d’une majorité référendaire et parce qu’elle constitue la seule classe révolutionnaire.

Mais il est clair que l’indépendance réelle ne peut être conquise que par la révolution. L’indépendance référendaire que nous propose la bourgeoisie, c’est celle d’une indépendance sur le papier qui ne remet aucunement en cause la domination de l’impérialisme anglo-américain. C’est une indépendance qui ne peut être que négociée main dans la main avec l’impérialisme. Or, il est peu probable que la bourgeoisie impérialiste anglo-américaine accepte le résultat d’un référendum gagnant. Il est plus probable que l’État capitaliste canadien ait recours à la violence pour faire annuler les résultats du référendum (exactement comme en Catalogne) et déclenche la loi sur les mesures de guerre (comme en Octobre 1970). Autrement dit, même un référendum gagnant conduirait nécessairement à une situation révolutionnaire et à la nécessité d’une révolution. On ne peut cependant pas passer du jour au lendemain d’une stratégie référendaire à une stratégie révolutionnaire. La révolution doit être préparée de longue date, d’où la nécessité d’un parti révolutionnaire.

Quels sont les exemples de luttes de libération nationales menées par des socialistes ?

Historiquement, la plupart des luttes de libération nationales victorieuses ont été menées par des socialistes. Plusieurs d’entre elles ont été mentionnées au cours de la conférence, même s’il était de l’avis général que ces luttes n’ont pas été des succès sur le long terme et que beaucoup d’entre elles ont donné naissance à des régimes plus bureaucratiques que prolétariens, plus staliniens que communistes.

Parmi les exemples cités, plusieurs luttes de décolonisation ont été évoquées. Le Vietnam a été le principal exemple cité1 de lutte de libération nationale mélangeant socialisme et indépendance. Les luttes de décolonisation des anciennes colonies portugaises (Angola, Mozambique, Cap-Vert) ont également été mentionnées comme exemples de luttes de libération nationale menées par des mouvements socialistes2. Avec pour spécificité que ces luttes ont été menées par les peuples des colonies, ainsi que par la classe ouvrière de la métropole (du Portugal) puisque les luttes anticoloniales ont débouché sur la Révolution des œillets de 1974.

On a également évoqué Cuba comme un exemple intéressant puisqu’il s’agissait d’un pays formellement indépendant, mais qui a eu à accomplir une réelle lutte de libération nationale, suivie d’une expropriation généralisée des capitalistes américains pour pouvoir se libérer réellement de l’impérialisme.

Il a également été fait mention de nombreux mouvements de libération nationale qui, sans avoir été victorieux, avaient une importante composante socialiste, comme le mouvement basque avec l’ETA, l’Irlande du Nord et la Palestine.

L’exemple des Kurdes a également été mentionné comme un exemple plus contemporain de lutte mêlant socialisme et libération nationale.

Comment intégrer le socialisme à la lutte pour l’indépendance québécoise ?

Il a d’abord été mentionné que, si l’on a une vision matérialiste de l’histoire, force est de constater que toutes les révolutions dans l’histoire du Québec, ou toutes les situations révolutionnaires, se sont faites en lien avec la question nationale. Que l’on pense à la révolution des patriotes de 1837-1838, à la révolution tranquille, à la crise d’Octobre, ou à la grève générale de mai 1972. Il est donc clair que cette question jouera un rôle crucial dans toute révolution future.

Il est néanmoins important d’avoir une vraie stratégie révolutionnaire qui sache allier socialisme et indépendance. Pour la Ligue Marxiste Révolutionnaire Québécoise, il s’agit de la révolution permanente. La question nationale doit être un accélérateur de la révolution socialiste québécoise qui doit elle même être un déclencheur de la révolution internationale à l’échelle de l’Amérique du Nord. La lutte de libération nationale québécoise ne peut être accomplie que par le prolétariat québécois. Mais le prolétariat ne se limitera pas à une révolution nationale purement démocratique et formelle, il mettra immédiatement en place des mesures socialistes (expropriation, planification, contrôle ouvrier). De même, la révolution québécoise ne doit pas se limiter au « socialisme dans une seule province », la révolution doit se faire en permanence, se prolonger d’un pays à l’autre, jusqu’à devenir internationale.

Un événement qui fut un succès

En conclusion, cette conférence aura permis d’approfondir beaucoup de questions concernant les liens entre lutte des classes et lutte de libération nationale. Elle nous aura permis de voire en quoi la lutte pour le socialisme passe par l’indépendance et en quoi l’indépendance passe par le socialisme. Nul doute que cette conférence aura eu des effets bénéfiques dans un sens comme dans l’autre.

  1. On doit néanmoins critiquer les compromis de la direction stalinienne et d’Ho-Chi-Minh avec l’impérialisme français, que ce soit en 1936, où l’indépendance était mise de côté en soutien au front-populaire, ou 1945, où il permit le retour des français qui avait été chassés par la seconde guerre mondiale. ↩︎
  2. Là encore avec un certain nombre de critiques puisque ces mouvements ont rapidement renoncé au socialisme pour pactiser avec l’impérialisme une fois les indépendances acquises. ↩︎

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