Beaucoup de socialistes canadiens comme Martin Lukacs, Marcel Nelson et Nathan Rao ont avancé que le NPD dirigé par Avi Lewis représente une opportunité pour les socialistes de mettre de l’avant leur programme aux yeux du grand public. Mais quel programme est réellement mis de l’avant, et quels sont les risques de prendre part à un tel pari ?
La social-démocratie canadienne connait son heure de gloire. Avi Lewis, le nouveau dirigeant de gauche du NPD, est comparé à Jeremy Corbyn, Bernie Sanders et Zohran Mamdami. Sa défense de la Palestine, son positionnement comme un « socialiste démocrate », et ses propositions d’épiceries publiques et sur les télécommunications ont capturée l’imagination d’une partie significative de la gauche canadienne déçu par le message sans inspiration du NPD aux précédentes élections. Entretemps, les médias de droites l’attaque comme étant « trop radical » ou même comme étant une « menace » pour la communauté juive. Bien qu’il soit issu d’une dynastie politique néodémocrate bien connue, Lewis s’est positionné comme un outsider, cherchant à se distinguer de précédents chefs du NPD comme Thomas Mulcair. Avec la mort récente de son père Stephen Lewis (ancien chef du NPD ontarien et fils de David Lewis, qui fut chef du NPD canadien), la victoire d’Avi peut être vue à la fois comme un changement et comme un relai de flambeau.
Certains socialistes considèrent la nouvelle direction comme une « ouverture » ou une « opportunité » pour les socialistes de rompre avec l’isolation et de gagner une audience de masse pour nos politiques. D’après l’éditeur en chef de The Breach, Martin Lukacs, le NPD « a une occasion historique – non seulement de récupérer le terrain perdu, mais de se reconstruire entièrement » et « la gauche ne peut pas se permettre de passer à côté de cette opportunité ». De la même façon, dans un article publié dans Midnight Sun et International Viewpoint (revue du Secrétariat Unifié) Marcel Nelson et Nathan Rao disent que « le NPD fédéral peut aujourd’hui être plus ouvert à une réorientation socialiste et démocratique » et que « la gauche canadienne doit se demander si elle peut se permettre d’attendre une meilleure opportunité pour les rejoindre et faire face aux crises pressantes de notre époque ». Si le second article est plus circonspect sur les potentiels écueils d’une telle orientation, les deux articles défendent l’idée que le NPD présente des opportunités pour la gauche socialiste de sortir de l’impasse et de se lier avec des couches plus larges de la classe ouvrière.
Cette logique n’a rien de neuf au sein de la gauche canadienne, elle a déjà été analysée dans un précédent article à propos de l’entrisme au sein du NPD. Néanmoins, un regard plus attentif à la politique d’Avi Lewis pourrait être nécessaire à ce moment de bascule où la gauche canadienne se questionne sur la manière de se positionner sur ce nouveau développement. À une époque de rupture, où la place du Canada au sein du « nouvel ordre mondial » trumpiste est largement débattu, c’est un moment qui passe ou qui casse pour la gauche.
Un porte-voix pour les mouvements ?
Une partie du charme d’Avi Lewis repose sur ses soi-disant connections avec les mouvements sociaux, qu’il a bâti à travers l’organisation qu’il a cofondé « The Leap ». D’après Lukacs, un NPD dirigé par Lewis pourrait « sans compromis se faire le champion de la cause des mouvement » et « renforcer et déchainer l’énergie de la base ». Mais quel impact Lewis et « The Leap » ont-ils eut sur les mouvement de masse ? À part populairiser des mots-clés comme « transition juste » ou « Green New Deal » au sein des instances du NPD, leur impact reste flou, et les prétentions de Lewis d’être un « champion » des mouvement sociaux est loin d’être prouvée.
Tout au long des deux années et demie de génocide israélien à Gaza, la défense de la Palestine par Lewis est restée largement limitée à la sphère en ligne et aux événements du NPD. Nous avons été incapable de trouver quelque qu’évidence que ce soit que Lewis se soit rendu à quelque manifestation propalestinienne ou anti-guerre que ce soit, ni même pris la parole à aucune d’entre elle. Il n’est pas inhabituel pour des initiatives politique (comme le fait Yves Engler, qui fut également candidat à la direction du NPD) d’amener des pancartes avec des slogans et le symbole de leur campagne dans le coin à une manifestation, mais la campagne de Lewis a eu très peu de présence réelle à ces manifestations. Les vrais dirigeants du mouvement de solidarité avec la Palestine – comme Palestine Youth Mouvement (PYM) – n’ont jamais invité Lewis à prendre la parole à leurs événement, et non pas non plus soutenu sa campagne au leadership du NPD.
Au lieu d’aider le mouvement de solidarité à avancer, Lewis a activement cherché à le policer. Quand l’ancienne ministre de Colombie-Britannique Selina Robinson a fait un commentaire raciste en qualifiant la Palestine pré-sioniste de « terra nullius », des activistes se sont mis à manifester leur colère en posant des affiches et en écrivant à la craie en face de son bureau. Au lieu d’inviter les activistes à se tourner vers ce que lui considérerait des formes d’activisme plus productives, Lewis s’est contenté de condamner ces actions comme « infantiles et révoltante », sacrifiant ainsi les activistes en question. Sa solidarité avec la Palestine est limitée par son désir de bien s’entendre avec l’establishment du NPD, c’est pour cette raison qu’il n’a fait aucune critique de l’odieuse déclaration d’Heather McPherson en Octobre 2023, qui blâmait le Hamas pour les génocides israélien, et aussi pourquoi il a soutenu de manière complètement acritique la motion de « cessez le feu » néodémocrate qui affirmait le « droit d’existence » d’Israël et appelait les palestiniens au désarmement. Lewis a même refusé de signer une pétition appelant le NPD à se retirer du groupe interparlementaire israélo-canadien.
Sur les autres fronts, comme celui du mouvement contre le racisme et la brutalité policière, Lewis a aussi été suspicieusement absent. Sa plateforme pour la chefferie ne fait pas mention de la police, il ne défend aucune des revendications majeures du mouvement de 2020 en solidarité avec George Floyd comme le « désarment », le « définancement » ou « l’abolition » de la police. Il Ne s’est pas présenté aux manifestations conte la guerre en Iran ou appelé le Canada à sortir de l’OTAN, alors que l’organisation s’implique activement dans la guerre. Il a seulement critiqué les objectifs de dépenses d’armements de l’OTAN, sans condamner l’OTAN comme un instrument de l’Impérialisme. Dans la lutte contre les coupures en éducation, Lewis n’a pas utilisé sa plateforme pour mettre en lumière les débrayages étudiants pour combattre les coupures, ou la semaine de grève en Nouvelle Écosse, ou les tentatives pour étendre le mouvement étudiant à travers le pays. Et à travers toutes ces absences, il n’a pas supporté aucune action concrète que le mouvement ouvrier puisse entreprendre pour lier la lutte des classes aux mouvements sociaux, par exemple la mobilisation des travailleurs pour la défense des campement palestiniens contre l’oppression policière.
À travers tous les mouvements, un schéma consistant persiste où Lewis, au mieux, fait l’éloge du mouvement en ligne où à un événement de la campagne à la chefferie du NPD, sans s’impliquer lui-même dans la lutte sur le terrain ou sans souligner les tactiques qui pourraient avantager la lutte vers l’avant. Il veut que le mouvement social cadre avec sa conception social-démocrate et électoraliste de la politique, au lieu de constater leur capacité à contester le pouvoir du gouvernement à travers l’auto-organisation indépendante. Il est possible que la direction d’Avi Lewis attire certaines couches du mouvement social au sein du party, mais pas les couches les plus résolues à combattre la brutalité policière, mettre fin à l’implication du Canada dans l’OTAN, ou organiser des actions et des grèves ouvrières. Il est possible que Lewis devienne un porte-voix pour certaines couches du mouvement, mais principalement pour celles qui partagent son but consistant à travailler à l’intérieur du système, à réformer le capitalisme là où c’est possible, et attendre jusqu’à la prochaine élection pour réaliser un changement graduel.
Dans leur article, Nelson et Rao diminuent les avantages de s’organiser au sein du mouvement social et du mouvement ouvrier au lieu de s’organiser au sein du NPD, sous prétexte que les pressions institutionnelles « peuvent parfois placer ces mouvements et leur direction à la droite du NPD » de toute façon. Bien qu’il soit vrai qu’ils soient dirigés par les mêmes forces conservatrices que le NPD, il y a une différence entre avancer des méthodes d’auto-organisations prolétariennes avec nos collègues et dans les rues, et participer aux activités du NPD qui implique essentiellement de faire élire des réformistes au Parlement. La première option nous permet de nous lier aux militants qui veulent utiliser notre pouvoir en tant que masses pour lutter pour des réformes ; la seconde nous permet de nous lier avec la minorité sans cesse décroissante de canadiens qui croient que l’État capitaliste peut fonctionner dans l’intérêt de la classe ouvrière. La première option nous permet de conserver un niveau d’indépendance vis-à-vis de l’establishment des partis, là où perdre de l’énergie avec la seconde option associera votre nom au NPD.
Ce n’est pas pour dire que les socialistes ne devraient pas s’engager dans la politique électorale ou garder leur distance avec les partis réformistes. Si Lewis est sérieux à propos de transformer les comités de circonscription en carrefour d’organisation où les activistes peuvent mener leurs propres activités de manière indépendante, elles pourraient être des lieux utiles pour permettre aux socialistes de rencontrer des gens qui pensent comme eux, particulièrement dans les petites villes où il n’y a pas beaucoup d’autres alternatives. Néanmoins, Nelson et Rao sont sceptique de la volonté de Lewis d’utiliser les associations de circonscriptions comme quoi que ce soit d’autre que des machines électorales. Et vu son historique, Lewis sera certainement heureux de donner de la visibilité à vos luttes si cela aide ses ambitions électorales, mais il vous trahira immédiatement si vous chercher trop à ébranler l’establishment néodémocrate.
Diluer le sens du socialisme
Indépendamment des relations de Lewis avec les mouvements sociaux, certains socialistes disent qu’il pourrait aider à populariser les idées socialistes et « faire bouger la fenêtre d’Overton ». Nelson et Rao célèbrent la plateforme de Lewis et particulièrement le fait qu’il « argumente en faveur de pas vers le contrôle publique et démocratique de secteur vitaux de l’économie tels que le logement, la nourriture, les télécommunications et les banques ». Lewis cherche clairement à capitaliser sur un sentiment populaire, exprimant le sentiment que Bay Street ruine le Canada jusqu’à l’os et que le peuple a besoin d’intervenir. La plupart des idées d’Avi Lewis comme « taxer les riches » sont déjà populaire, et la moitié des canadiens supportent déjà l’idée du socialisme. Même parmi les couches les moins politisés, il y a un sentiment grandissant que de puissantes élites dominent la société et nous conduise tout droit à la guerre, tout en attaquant nos conditions de vie.
La question est la suivante : D’où les élites tirent-elles leur pouvoir, et comment pouvons-nous les combattre ? Sur ce front Lewis nous offre plus de mystification que de clarifications, ses politiques n’adressent pas les problèmes profonds et structurels du capitalisme, à savoir la propriété privée et l’orientation de la production vers le profit qui maintient le prix du travail extrêmement bas, engendre le développement de puissants monopôles, et pousse ces organisations monopolistiques vers une expansion impérialiste sans fin. Lewis veut taxer la classe dirigeante, mais taxer la classe dirigeant n’est pas la même chose que lui confisquer son pouvoir. Aussi longtemps que la bourgeoisie dirige notre économie, ils dicteront sa conduite au Parlement. Réduire leur pouvoir voudrait dire leur retirer le contrôle des principales entreprises, mais Lewis n’appelle ni à l’expropriation ni à la nationalisation d’aucun secteur majeur de l’économie. Dans une interview à Radio-Canada/CBC, il rejette explicitement l’idée de nationaliser les principales compagnies de télécommunication. Au lieu de cela son plan pour une option publique remplit les failles du capitalisme, en donnant à certains canadiens une alternative aux épiceries publiques, aux trusts de la télécommunication, etc. Quoique ces réformes soient louables, elles ne devraient pas être confondues avec le socialisme, qui requiert l’expropriation de la classe capitaliste et le contrôle démocratique par le prolétariat des principaux leviers de l’économie.
Lewis fait des gestes en faveur du contrôle ouvrier avec son plan de « créer un Fond National de Propriété Ouvrière pour aider les employés à racheter les compagnies lorsque les propriétaires prennent leur retraite, vende ou délocalise », mais son plan permettrait au mieux de créer quelques îlots de contrôle ouvrier tandis que l’économie dans son ensemble resterait capitaliste. La valeur totale des compagnies cotées à la bourse de Toronto est d’à peu près 5000 milliards $. Pour que les ouvriers puissent racheter ne serait-ce que la moitié de ces compagnies, il faudrait multiplier le budget fédéral par cinq. Quelque que chose que Lewis ne suggérait jamais. Lewis cite l’exemple de la Corporation Mondragón comme modèle de contrôle ouvrier, mais cet exemple est vraiment l’exemple parfait pour démontrer en quoi il est impossible d’avoir des îlots de socialisme dans une mer de capitalisme. Pour pouvoir compétitionner sur le marché capitaliste, Mondragón a dû délocaliser des emplois dans des pays à bas salaires comme la Chine ou le Mexique où les travailleurs n’ont aucun contrôle sur les décisions. Le régime de Franco tolérait Mondragon, parce qu’il pensait que les coopératives encourageraient les travailleurs à penser comme des managers, pas comme des socialistes, et à ce titre il avait raison.
Alors bien que plusieurs des réformes de Lewis vaillent la peine d’être supportée, nous devrions souligner qu’il s’agit de tentative de replâtrer le capitalisme, pas d’en sortir. Nous devrions aussi souligner que le succès de la social-démocratie réformiste est le produit de conditions historiques concrètes – particulièrement l’essor économique sans précédent suivant la seconde guerre mondiale – pas d’un interrupteur qu’on puisse éteindre et allumer à sa guise dès lors qu’il y a suffisamment de volonté politique. La social-démocratie a reculé en Europe, aux États-Unis et au Canada au cours des 50 dernières années, avec diverses tentatives (et beaucoup d’échecs) par des partis sociaux-démocrates pour endiguer la vague néolibérale. Lewis n’a pas offert d’explication sur comment il compte faire du Canada une exception face à cette tendance internationale.
Dans ce contexte, c’est notre travail d’expliquer les limites de la social-démocratie et de démontrer en quoi il serait nécessaire de mettre véritablement fin à la mainmise du capitalisme sur notre économie. Loin de populariser le mot « socialisme », Lewis tire avantage d’un sentiment déjà existant, canalisant ce dernier dans l’impasse du réformisme, en tentant de diluer le mot « socialisme », pour en faire un synonyme du capitalisme réformé. Nous devrions parler aux supporters de Lewis à propos de ce à quoi une vraie transition vers le socialisme pourrait ressembler, sans faire l’éloge du projet de Lewis consistant à déradicaliser et à coopter ce sentiment radical.
Démocratiser le parti ?
Certains affirment néanmoins que même si les politiques de Lewis ne vont pas assez loin, son plan de démocratisation du parti crée au moins suffisamment de place pour les socialistes afin de restructurer le NPD. Les appels à plus de démocratie interne n’on rien de nouveau, mais ils ont été systématiquement stoppés par une bureaucratie bien retranchée très interconnecté avec la bureaucratie syndicale, et qui possède des incitatifs matériels très concrets à protéger leur position contre des contestataires de gauche. Même si la récente élection à l’exécutif a été célébrée comme un « désaveu » de la vieille garde, changer le personnel au sommet n’est pas suffisant pour changer la logique exclusiviste, contre-révolutionnaire qui anime le NPD depuis ses débuts en tant que CCF.
Si Lewis voulait réellement démocratiser le NPD, il devrait sérieusement lutter contre les forces bureaucratiques qui contrôle le parti. Malheureusement, ces critiques du parti et ses manœuvres antidémocratiques ont, au mieux, été sans convictions et tardives. Par exemple, durant le mois que le NPD a passé à approuver la candidature de Yves Engler, Lewis est resté silencieux alors que la spéculation faisait rage pour savoir si Engler serait bloqué. Quand il a été finalement bloqué, Lewis a simplement déclaré qu’il était « déçu par la façon dont le processus d’approbation avait été conduit », évitant par le fait de questionner le processus d’approbation ou de dire clairement qu’Engler aurait dû être inclus parmi les candidats. Quand Bianca Mugyeni a été exclue sous le prétexte sexiste que sa candidature n’était pas « indépendante » de celle de son mari Engler, Lewis n’a rien dit, il n’a pas non plus commenté le bannissement du néodémocrate de longue date Barry Weisleder du congrès du NPD.
Démocratiser le NPD devrait commencer par dénoncer les pires abus bureaucratiques, puis par ôter les responsables et restructurer le pari du bas vers le haut. Lewis n’a pas accompli la première de ces étapes, et jusqu’à maintenant, il n’a pas fait part de son intention de limoger Lucy Watson (la responsable du processus d’exclusion), il y a donc peu de raison de croire qu’il soit sérieux à propos de cette soi-disant restructuration. Lewis veut le meilleur des deux monde : se positionner comme un outsider qui défi une bureaucratie bien retranchée, tout en maintenant de bonnes relations avec l’establishement. Il veut revendiquer l’héritage de son père et de son grand-père en profitant de leur nom, sans avoir à répondre de leur rôle dans l’expulsion du Waffle (l’aile gauche du NPD) en 1972.
Nelson et Rao affirment qu’il « n’y a rien de métaphysique à propos des tendances du parti à décevoir ou à écraser les révoltes de l’aile gauche du parti au sein de ses propres rangs ». Il n’y a peut-être pas quelque chose de « métaphysique », mais il y a des raisons structurelles pour lesquelles les révolutionnaires ne sont jamais parvenu à prendre le contrôle d’un parti de masse social-démocrate et de le conserver. Dans ce qu’on appelle le « paradoxe de la social-démocratie », les partis réformistes sont coincés dans une contradiction où ils s’appuient sur les luttes de masses, comme base de pouvoir, mais où le parti, une fois qu’il est retranché dans la gestion du capitalisme, voit ses chefs chercher à mettre un frein à ces mêmes luttes qui les ont portés au pouvoir, détruisant ainsi la base de leur pouvoir sur le long terme. En ce sens, la tendance du NPD à décevoir et écraser la gauche est inévitable vu sa politique réformiste. Le NPD est pris dans une contradiction où il a besoin d’un afflux massif de militants ouvriers pour défier la bureaucratie, mais où les manœuvres et les trahisons de la bureaucratie rende improbable l’afflux massif d’ouvriers qui choisiraient le NPD comme véhicule de leur lutte.
Nelson et Rao affirment aussi que « la marginalisation de la gauche dans le NPD n’est pas uniquement due aux machinations de la bureaucratie du parti », et que « l’initiative du Waffle a été défaite en congrès par les votes des militants de la base ». Bien que cela puisse être vrai, cela témoigne en réalité du fait qu’en 1971, les couches les plus militantes du mouvement ouvrier avaient déjà abandonné le NPD pour son manque de volonté à s’opposer aux libéraux et son ignorance de la Révolution Tranquille au Québec. Le congrès de 1971 a fini par être dominé par ceux qui voyaient le nationalisme réformisme de gauche canadien du Waffle comme trop radical, pavant la voie à son expulsion par David Lewis et à une bureaucratisation accrue du pari – un processus qui ses poursuivi jusqu’à nos jours, sans aucun signe de réversion tangible.
La gauche caviar éco-social-démocrate
Finalement, même si l’on considère qu’Avi Lewis ne réalisera pas le socialisme ou ne démocratisera pas le parti, certains peuvent considérer comme sectaire le fait d’opérer indépendamment d’un processus qui est sensé attirer de large pans d’une classe ouvrière en voie de radicalisation. Cette assertion doit cependant être relativisée. Bien qu’Avi Lewis ait reçu 13% de vote de plus dans sa campagne à la chefferie que Jagmeet Singh en 2017, la « Lewismania » est loin d’avoir l’ampleur d’autre phénomène de gauche comme la « Corbynmania ». En pourcentage relatif à la population, Corbyn a reçu quatre fois plus de support dans son élection à la direction du Labour que Lewis à la direction du NPD. Un sondage pré-congrès démontre que seul 13% de ceux qui ont voté NPD entre 2015 et aujourd’hui appuient Avi Lewis, alors que 44% étaient incapable de nommer un seul des candidats. Il est clair que Lewis a une montagne à gravir pour redonner de la pertinence au NPD.
Ses perspectives pour cela sons loin d’être certaines. Les chefs droitiers des NPD provinciaux se sont distanciés du NPD fédéral, principalement en raison des politiques de Lewis sur les questions énergétiques. Alors que Lewis a raison quand il affirme que le monde droit radicalement réduire ses émissions de gaz à effet de serre pour réduire l’impact du changement climatique, la gauche doit faire attention à la manière dont cette transition est présenté, particulièrement dans un pays où les ressources naturelles représentent la moitié des exportations, Plus de 650 000 canadiens travaillent dans le secteur des ressources naturelles et ces travaux on de nombreux effets en aval sur d’autres industries telles quel la construction, la vente, la finance, l’hébergement. Pour une tâche d’une telle ampleur le « Green New Deal » d’Avi Lewis est étonnamment léger en termes de détails sur ce dont une telle transition aurait l’air. Il appelle à investir 2% du PIB du Canada (environ 47,8 milliards $) à s’attaquer au défi du changement climatique, incluant 1% pour de « transition vers des emplois verts ». Cela sonne comme beaucoup d’argent, mais ce n’est même pas 1/10e de la taille des plus grandes compagnies énergétiques, les cinq plus grandes ont une capitalisation de plus de 650 milliards $. Une transition loin des énergies fossiles exigera bien plus que 2% du PIB, à moins que son idée de la « transition » implique de laisser des centaines de milliers de travailleurs, et des millions de plus dans leur communauté, sans aucun emploi.
Réduire les émissions du Canada à un niveau viable en évitant un effondrement économique généralisé exigerait d’expropriait les grosses industries extractives et de payer les nouvelles formations de centaines de milliers de travailleurs, tout en réindustrialisant le Canada pour construire des infrastructures viables et réduire l’étalement des chaînes d’approvisionnement mondiales. Le plan devrait également être internationaliste avec un regard porté vers la jonction entre la classe ouvrière et les luttes socialistes à l’étranger pour les aider à combattre le capital impérialiste qui pille leur pays. Le problème avec le programme de Lewis n’est pas de ne pas être assez ambitieux, c’est qu’il ne fait pas assez pour accomplir la viabilité écologique tout en protégeant les emplois. Les travailleurs du secteur énergétique auraient de bonne raison de craindre qu’une « transition verte » sous le capitalisme les laisse pour compte.
Malheureusement, la rhétorique de Lewis n’aide pas à écarter ces craintes. Par exemple, lors d’un épisode de l’émission « Power & Politics » sur CBC, à la veille du congrès du NPD, Lewis a répondu à une question à propos des travailleurs de l’industrie pétrolière en parlant à peine d’eux, expliquant simplement qu’ils « méritent nos remercîments pour avoir gardé les lumières allumés dans ce pays depuis plus d’un siècle, mais qu’il est temps pour nous d’aller au-delà des cycles de croissance et de crise des combustibles fossiles ». Parmi ce qui a été décris comme « les pires moments » d’Avi Lewis, il a décrit les projets de ressources naturelles comme « des grosses choses viriles » et sous-entendu que les cols bleus de ces secteurs sont responsables des agressions sexuelles contre les gemmes autochtones. Bien qu’il soit important de montrer la nature raciste et sexiste du capitalisme canadien, Lewis n’a jamais parlé de cette façon d’aucun autre secteur de la société canadienne, et certainement pas des médias d’où il vient. Il semble avoir une hostilité particulière face aux travailleurs du secteur des ressources, les considérant comme un reliquat dépassé vis-à-vis de sa vision éco-social-démocrate. Lukacs prétends que Lewis est « un orateur hors pair », mais cette affirmation est loin d’être universellement reconnue, d’autant plus qu’il parle seulement anglais.
Pas de raccourci
Lukacs débute son plaidoyer en faveur d’Avi Lewis en déclarant que « la gauche canadienne a désespérément besoin d‘une victoire ». Bien qu’il n’y a pas de doute sur le fait que la gauche canadienne ait subit un sévère recul dans les années récentes, nous n’allons pas inverser cette tendance en cherchant des « victoires » possible à court terme, et en espérant qu’elles nous conduisent à des progrès futurs. Plutôt, nous devrions chercher plus profondément ce dont le mouvement ouvrier et le mouvement social ont besoin à long terme, et remonter jusqu’à la stratégie dont nous avons besoin pour nous y rendre, et sur quelles tactiques nous pouvons employer pour avancer cette stratégie. Commencer par des « victoires » tactiques apparentes nous conduira seulement à la désorientation et à l’échec.
Le désir court-termiste du NPD d’éloigner les conservateurs du pouvoir en soutenant les libéraux à conduit à une perception du NPD comme très peu différend des libéraux, et ainsi au déclin de la possibilité que le NPD puisse se positionner comme la principale opposition au statut quo Libéral plutôt que les conservateurs. Leur pensée à court terme a seulement permis aux libéraux de se repositionner plus à droite sous Carney, et au mieux, a servi à retarder l’inévitable retour des conservateurs au pouvoir. Lewis n’a tiré aucunes leçons de cette erreur passée, gardant le silence alors que des députés néodémocrates débattaient pour savoir s’il fallait soutenir le gouvernement Carney, se contentant d’émettre un communiqué déclarant qu’il supportait le « non » une fois le budget passé. Lewis n’a pas rompu avec la stratégie perdante de soutient aux libéraux, promettant d’utiliser une future « balance du pouvoir » pour exiger une réforme électorale au lieu de combattre le programme libéral.
Nelson et Rao admettent que « s’impliquer au NPD à travers la campagne pour le leadership, pour s’implanter dans des carrefours d’activistes et d’autres organisations récentes, pourrait être perçu comme un raccourci ». Mais comme Jane McAlevey la dit : « il n’y a pas de raccourci » pour revitaliser le mouvement ouvrier, ou, dans la même veine, pour donner un porte-voix aux mouvements sociaux, ou encore pour populariser les idées socialistes. Ces projets requièrent un long et patient travail d’organisation politique qui sera récompensé lorsque la lutte des classes tournera abruptement, ainsi qu’une défense de l’autonomie de classe du mouvement vis-à-vis des forces capitalistes du statut quo. Le prolétariat n’embrassera pas les idées révolutionnaires du jour au lendemain, mais il ne nous récompensera pas s’il nous perçoit comme à la solde de « libéraux empressés ». Si nous voulons gagner sur le long terme, la gauche doit prouver sa valeur dans l’épreuve de la lutte. Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour accroitre la capacité du prolétariat à l’auto-organisation et refuser de subordonner cet objectif aux limites de la social-démocratie.

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