Catégorie : Lutte des classe

Cette section contient tout nos articles sur les luttes ouvrières dans le monde du travail.

  • Luttes transféministes à Montréal : un bilan politique du mois d’août

    Luttes transféministes à Montréal : un bilan politique du mois d’août

    Le mois qui vient de s’écouler a été marqué par d’importantes initiatives sur le front des luttes transféministes à Montréal. Quel bilan en tirer, pour quelles perspectives ? Retour sur ce que l’on peut apprendre de ces mouvements.

    Le 15 août a eu lieu la Marche pour la libération trans à l’appel de plusieurs organisations communautaires, étudiantes et militantes. Avec près de 50 signataires, cet appel a démontré l’existence d’un réseau de solidarité transféministe bien au-delà de l’Île de Montréal, avec des collectifs basés dans plusieurs villes de la province. Une manifestation pour le droit des personnes trans avait déjà été organisée le 7 juin à Québec devant l’Assemblée nationale par le groupe Résistrans. Il faut également souligner le caractère internationaliste de ces luttes, représenté dans la diversité des collectifs signataires (collectifs latinoaméricains, propalestiniens…). Ces réseaux se sont rassemblés autour de revendications claires :

    • Le retrait de loi C12 ;
    • Le retrait du Canada de l’Entente sur les tiers pays sûrs ;
    • L’abandon de la directive ministérielle formalisant l’incarcération des femmes trans dans les prisons pour hommes ;
    • L’accessibilité inconditionnelle aux soins de santé transaffirmatifs, incluant des soins pédiatriques, et ce peu importe le statut migratoire des individus ;
    • Le financement de l’éducation à la sexualité, ainsi que lutte la lutte contre les violences queerphobes dans les écoles.

    Mais la marche du 15 août a également mis sur le devant de la scène la question de la répression, comme l’a rappelé une déclaration des organisateurices : alors que les participant·es se dirigeaient pacifiquement vers le Village, où devait déboucher la manifestation, iels se sont vu empêcher d’entrer par des cordons de police – non seulement la SPVM (Service de police de la Ville de Montréal) mais aussi la SQ (Sûreté du Québec). D’après le communiqué, l’ordre de barrer l’accès au Village aurait émané de la mairesse Soraya Martinez elle-même. Rappelons que cette dernière avait déjà interdit l’entrée de soutiens à la Palestine dans l’hôtel de ville lors du vote d’une motion de solidarité ce 26 août, contrevenant à ses propres directives censées permettre un dialogue démocratique (fermeture des portes, diminution de la capacité d’accueil, avancement de la date limite d’inscription…).

    La Convergence transféministe et antifasciste s’est déroulée le 30 août à l’initiative du Mouvement transféministe, qui organisait la veille son deuxième congrès, et a confirmé la nécessité de faire le lien entre les différents fronts de lutte au Québec comme à l’international. Les panels qui se sont succédé ont montré comment cette convergence se concrétise au quotidien pour de larges sections du prolétariat : l’importance des travailleuses du sexe dans l’avancée des droits des personnes transféminisées ; les dynamiques de migration créées par la transphobie et le manque d’accès aux soins et au travail ; etc. L’intégration de panels relatifs aux questions autochtone et palestinienne a complété le portrait d’un même système qui capitalise sur l’oppression des personnes minorisées pour maximiser ses profits.

    On peut néanmoins s’interroger sur les limites d’un front large avec des partis politiques tels que Québec Solidaire qui s’inscrivent directement dans une perspective réformiste. Manon Massé a ainsi mis de l’avant sa conception d’un « continuum de résistance » qui part de la gauche libérale pour aller jusqu’aux organisations anarchistes et révolutionnaires, face à un « continuum de possédants » qui désignerait le camp d’en face. Un discours qui évite élégamment de nommer les capitalistes et la propriété privée comme le dénominateur commun de nos luttes : abandonner le vocabulaire de la lutte des classes, c’est abandonner la stratégie révolutionnaire qui doit aboutir au renversement du capitalisme. Nous insistons aussi sur le besoin de passer à l’offensive et de ne pas se satisfaire d’un mot d’ordre tel que celui de la « résistance » face aux attaques réactionnaires.

    C’est dans cette perspective militante que nous serons présent·es en octobre 2026 pour la prochaine échéance du front de lutte transféministe, avec la manifestation pour le droit des personnes prisonnières trans. À l’approche des élections, il est plus que jamais nécessaire de rappeler la centralité de la lutte contre l’État bourgeois pour faire avancer nos droits. Si l’on veut mettre fin à la division du camp des travailleureuses et à l’oppression de toujours plus de minorités, il est indispensable et non accessoire d’exproprier les capitalistes qui s’accaparent nos ressources et nos moyens de production pour leur seul profit – le combat des minorités est essentiellement et avant tout une lutte contre la minorité des exploiteurs.

  • ArcelorMittal : Grève illimitée à l’usine de Contrecoeur

    ArcelorMittal : Grève illimitée à l’usine de Contrecoeur

    Le 1er août dernier, les 300 métallos de l’usine ArcelorMittal de Contrecœur Ouest ont déclenché une grève illimitée, une action exemplaire de syndicalisme combatif.

    Depuis le samedi 1er août les 300 métallurgistes de l’usine ouest d’ArcelorMittal à Contrecœur sont en grève illimitée. La dernière convention collective signée en 2020, pour une durée de six ans, tombait à échéance au mois d’août. Les travailleurs du local 6951 du syndicat des métallos ont rejeté une première offre à 90%. La grève illimitée a ensuite été votée à 97,2%, un résultat impressionnant qui témoigne de la combativité du syndicat, car nous n’arracherons rien aux capitalistes sans les combattre.

    Les revendications de la grève tourne principalement autour des salaires. Entre 2020 et 2026 les prix ont drastiquement augmenté, et le Canada a connu une inflation de 23%1. Les travailleurs exigent donc un rattrapage vis à vis de l’inflation, mais également vis-à-vis des travailleurs des autres usines d’ArcelorMittal au Québec. Les travailleurs nous ont dit vouloir une hausse de 5$ de l’heure, voire 6$ ou 7$, selon ce que la lutte permettra de gagner. Sur un salaire moyen de 38,75 $ cela représente une hausse de 13% (dans le cas d’une hausse de 5$) ce qui reste inférieur aux 23% d’inflation. Les revendications des ouvriers de Contrecœur-Ouest sont d’autant plus juste que les ouvriers des autres usines Mittal, qui eux ont négocié après l’inflation post-pandémie gagnent d’avantage, alors qu’ils travaillent pourtant pour la même compagnie.

    Les travailleurs considèrent les salaires de l’usine comme beaucoup trop bas. Surtout lorsqu’on considère les conditions de travail. Les journées de travail sont de 12h par jour, et les ouvriers nous ont expliqué qu’il n’est pas rare de devoir faire du temps supplémentaire et de travailler 18h par jour ! Sans compter le fait que les heures de travail sont souvent effectués la nuit. À cela s’ajoute l’exposition à des substances nocives et la présence permanente de poussière dans l’air. Des conditions qui méritent d’être amélioré, d’autant que les salaires sont trop bas comparés aux usines avoisinantes (comme Grantech ou Béton Bourgeois) qui ne travaillent pas dans des conditions aussi dures.

    ArcelorMittal : un empire capitaliste

    ArcelorMittal est littéralement un empire capitaliste. Présent dans plus de 60 pays, il est le deuxième producteur d’acier au monde avec près de 80 millions de tonnes par an. Rien qu’au Québec Mittal possède la Mine de fer de Fermont, le port de Port Cartier et l’usine de boulettage dans la même ville, une usine à Montréal (Saint-Patrick), un autre à Longueuil et enfin les usines de Contrecœur Est et Contrecœur Ouest. La multinationale est également extrêmement profitable. Rien qu’en 2025 la compagnie a enregistrée des revenus de 85,4 milliards de dollars canadiens, sur lesquels elle a empoché 4,4 milliards de profits2 (ce qui représente à peu près 50 000 fois le salaire annuel d’un travailleur chez Mittal). Tout ces profits ne sortent pas de nul part, ils sont le fruit du travail non-payé qui est volé chaque jour et chaque heure aux travailleurs. En réclamant des hausses de salaires, les ouvriers ne font que réclamer ce qui leur est dû, ce qu’ils ont produit.

    Ces profits ne sortent pas de nulle part, mais ils n’aterrissent pas nulle part non plus. À la tête de l’empire ArcelorMittal se trouve la dynastie Mittal, et à la tête de cette dynastie se trouve le patriarche de la famille Mittal, Lakshmi Mittal, riche d’une fortune de 34 milliards de dollars, ce qui en fait rien de moins que le 70e homme le plus riche du monde (et le 5e plus riche de l’Inde). Autrement dit chaque dollar économisé par ArcelorMittal sur le salaire des métallos termine dans les poches de bourgeois comme L. Mittal, sa dynastie, ainsi qu’une poignée de riches actionnaires, qui profitent sans jamais rien produire de leurs dix doigts. Chaque dollar arraché c’est donc une victoire de la classe ouvrière sur la classe capitaliste.

    Exproprier Mittal : la solution communiste

    Chaque dollar conquit à l’occasion d’une grève et au fil de la lutte est évidement un dollar récupéré, mais comment faire pour récupérer non plus quelque dollars, mais tout l’argent (les milliards et les milliards) qui part directement du travail des ouvriers pour aboutir dans la poche des actionnaires. La solution consisterait simplement à supprimer la classe sociale des actionnaires : la bourgeoisie. C’est tout le projet de la révolution communiste : abolir la propriété privée et redistribuer les moyens de production (usines, machines, matériaux) directement aux mains de ceux qui travaillent. Cela peut paraître une utopie, pourtant ça ne l’est pas. C’est ce que les bolcheviks ont fait après la révolution russe3. Ce fut également le cas dans les usines Tembec (à Temiscamingue) ou Tricofil (à Saint-Jérôme) au Québec, dans les années 70. C’est également ce que met en place le Courant Révolution Permanente – Quatrième Internationale (CRP-QI), dont la Ligue Marxiste Révolutionnaire Québécoise (LMRQ) est sympathisante, notamment en Argentine où certaines usines fonctionne sous contrôle des ouvriers depuis plus de 20 ans ! Loin d’être une utopie, le contrôle ouvrier est la seule solution possible pour gagner définitivement la lutte des classes et mettre fin à l’exploitation capitaliste. Cette solution, c’est la solution communiste. Celle pour laquelle nous sommes prêts à nous battre jusqu’au bout.

    Mais pour en arriver à « exproprier les expropriateurs » comme disait Marx, il faudra commencer par construire des sections syndicales combattives qui n’ont pas peur d’affronter les patrons et de mener des grèves sur la très longue durée. Les métallurgistes d’ArcelorMittal Contrecœur donnent justement un bon exemple de ce que que peut être un tel syndicalisme de combat, avec l’exemple de la grève illimitée de 2026, mais également par leur histoire qui est riche de luttes héroïques comme la grève de 2002, qui a durée 21 semaines (6 mois), un exemple de persévérance dans la lutte qui peut servir à tout les ouvriers du Québec !

    À bas Mittal ! Solidarité avec les métallos ! Et vive le communisme !

    1. Calculé grâce à l’outil de calcul de la banque du Canada : https://www.banqueducanada.ca/taux/renseignements-complementaires/feuille-de-calcul-de-linflation/ ↩︎
    2. https://www.forbes.com/profile/lakshmi-mittal/ ↩︎
    3. https://www.marxists.org/francais/urss/works/1917/11/controleouvrier.htm ↩︎
  • Syndicalisation des entrepôts Walmart : une victoire pour les travailleurs

    Syndicalisation des entrepôts Walmart : une victoire pour les travailleurs

    En lutte depuis 2024, les employés de l’entrepôt Walmart de Mississauga ont réussi à obtenir la reconnaissance de leur syndicat ainsi que la signature d’une convention collective, une première face à cette multinationale réputée pour son anti-syndicalisme.

    Les 850 travailleurs et travailleuses de l’entrepôt de Walmart à Mississauga en Ontario peuvent crier victoire: ils ont réussi à obtenir la syndicalisation du premier entrepôt Walmart en Amérique du Nord et la signature du premier contrat de convention collective. Une victoire importante pour toute la classe ouvrière, surtout si l’on considère les pratiques antisyndicales particulièrement violentes de la multinationale.

    Les ouvriers de l’entrepôt Walmart forment depuis 2024 le Local-252 du syndicat Unifor, après avoir obtenu l’adhésion de la majorité des travailleurs. Après deux ans de négociations, ils ont obtenu la signature d’une convention collective de deux ans qui prévoit une hausse de 5$/heure pour la première année (2026-2027) et une hausse de 3% pour la seconde année. C’est une augmentation significative d’environ 20% pour la première année (avec un salaire qui passe de 24$/heure à 29$/heure) qui permet de rattraper un salaire inférieur à ceux en vigueur dans le secteur manufacturier. Les ouvriers sont également parvenus à limiter l’emploi de travailleurs précaires en provenance d’agences de placement (une technique capitaliste bien connue pour limiter la stabilité d’emploi, contourner les syndicats et le code du travail et ainsi diminuer les salaires). Enfin, les ouvriers ont obtenu une amélioration des horaires avec des emplois du temps plus stables et planifiés à l’avance.

    Ces avancées représentent bien le minimum que Walmart pouvait rendre aux travailleurs et travailleuses qu’elle exploite. Rappelons qu’il s’agit d’une immense multinationale présente dans presque tous les pays du monde. Cotée à plus de 900 milliards en Bourse, la compagnie génère chaque année plus de 700 milliards de profits bruts. Et la famille Walton, à la tête de l’empire Walmart, n’est rien de moins que la famille la plus riche des États-Unis, avec une fortune estimée à 520 milliards de dollars en 2026 ! Autrement dit, Walmart ne fait que rendre des miettes aux travailleurs, les miettes d’une fortune que la compagnie, ses actionnaires et la richissime famille de bourgeois qui se trouve à sa tête a totalement volée, pillée et extorqué à ses mêmes travailleurs.

    Walmart : un modèle d’antisyndicalisme

    La question qui plane désormais est celle d’une menace de la fermeture de cet entrepôt par une compagnie dont les pratiques antisyndicales sont amplement connues et documentées. On se souviendra par exemple de la fermeture du magasin Walmart de Joliette en 2005 après sa syndicalisation, mettant 190 employés à la porte. On pense également à la syndicalisation des entrepôts d’Amazon qui s’était soldée par la fermeture des entrepôts, qui ont tout simplement été remplacés par une compagnie de sous-traitance.

    Il faut néanmoins combattre à la fois ces pratiques antisyndicales et le discours pessimiste qui en découle. À ce titre, il est bon de rappeler que Walmart a été sévèrement condamnée pour la fermeture de son magasin de Jonquière en 2005. Cet acte a été considéré comme une fermeture illégale pour tenter d’empêcher la syndicalisation des employés, et Walmart a été condamné à indemniser les 190 travailleurs en 2014. Quant à Amazon, nous pouvons rappeler la campagne victorieuse de syndicalisation des entrepôts Amazon aux États-Unis qui a mené à la création de l’Amazon Labor Union (ALU). Rien n’est écrit d’avance, il ne faut pas sombrer ni dans le fanatisme, ni dans le pessimisme. La lutte se poursuit.

    Conclusion : De la nécessité de lutter jusqu’au bout

    Deux constats s’imposent suite à ce que nous venons de dire : premièrement, les travailleurs par la syndicalisation ne récupèrent qu’une toute petite partie de la richesse qu’ils sont pourtant les seuls à produire (dans le cas des travailleurs de Walmart 5$/heure sur des centaines de milliards de profits chaque année). Deuxièmement, même avec la syndicalisation, les emplois restent menacés, à risque d’une potentielle fermeture.

    Pour récupérer l’ensemble de ce qu’elle produit et pour garantir son droit au travail, la classe ouvrière dans son ensemble, le prolétariat, doit lutter pour mettre fin au capitalisme et mettre en place un nouveau système économique. Le socialisme permettra de mettre fin à l’exploitation du prolétariat par une minorité de capitalistes avares et cupides. Il permettra aux travailleurs de récupérer l’immense partie de ce qu’ils produisent à leur propre bénéfice. Il permettra également de garantir le droit au travail, en fournissant un emploi à chacun et chacune à la mesure de ses capacités.

    La syndicalisation des entrepôts de Walmart n’est qu’une première étape, l’obtention d’une convention collective une autre étape. Ce sont les premiers pas dans la lutte de classe pour acquérir une conscience de classe et une expérience d’organisation. Mais cette lutte des classes est une lutte à mort entre le prolétariat et la bourgeoisie, qui ne peut se solder que par l’anéantissement de la bourgeoisie. Lutter jusqu’au bout c’est lutter jusqu’au renversement de la bourgeoisie.

    Courage camarades, le prolétariat vaincra !