Vigile pour Nooran : « ni oubli, ni pardon » face à une police qui tue

Une vigile commémorative en mémoire de Nooran Rezayi a été organisée lundi 21 septembre à Longueuil à l’initiative de la famille. Il y a un an, un agent du SPAL (Service de police de l’agglomération de Longueuil) abattait cet adolescent de seulement 15 ans en ouvrant le feu à deux reprises, alors que seule l’arme de service d’un policier a été retrouvée sur les lieux. Un homicide dramatique qui met en lumière le racisme systémique au sein de l’institution policière.

Environ deux-cents personnes, d’après nos estimations sur place, se sont rassemblées pour rendre hommage à Nooran Rezayi devant le bureau du SPAL où il a été abattu l’année dernière par la police. Un appel avait été passé pour signaler la présence d’un groupe de jeunes, entre 13 et 17 ans, prétendument armés : Nooran aurait mis la main dans son sac à dos pour montrer aux policiers qu’il n’avait pas d’arme avant d’être atteint par deux tirs dans la poitrine. Si les poursuites criminelles à l’encontre du groupe de jeunes ont depuis été abandonnées, l’identité du tireur n’a toujours pas été divulguée et la famille entend émettre en ce sens une demande auprès de la Cour supérieure.

Lors des discours, les proches de Nooran ont pu exprimer leur colère, leur chagrin et leur incompréhension en rappelant qu’ « il n’y aura ni oubli ni pardon », alors qu’aucune poursuite n’a à ce jour été engagée contre le policier à l’origine des tirs ; le rappeur Raccoon a aussi rappelé les violences ciblées dont sont victimes les personnes racisées – Nooran étant d’origine afghane – ainsi que l’augmentation de la présence policière dans le quartier après sa mort. Le parallèle a été fait ailleurs avec la mort de Fredy Villanueva, âgé de 18 ans, tué par un policier qui a ensuite reçu une promotion.

Après les prises de parole devant le bureau du SPAL, un cortège s’est formé pour marcher dans les rues de Longueuil en scandant : « Justice pour Nooran ! » Finalement, les personnes ont pu respecter une minute de silence et rendre un dernier hommage à la famille. La présence d’une dizaine de véhicules de police garés le long de la route, en plus des agents déployés pour encadrer la marche, dont un grand nombre de l’escouade antiémeute, a fortement contrasté avec l’atmosphère de recueillement qui régnait ; de même l’écusson « Thin Blue Line » arboré par au moins un agent de police, symbole désormais indissociable de l’extrême droite dans son opposition au mouvement Black Lives Matter.

Ce dispositif totalement disproportionné montre la crainte d’un affrontement direct avec les forces de police, corollaire de l’incapacité des services gouvernementaux à satisfaire les demandes de la famille jusqu’à présent. Par contraste, le corps policier dans son ensemble bénéficie de la protection de l’État à tous les niveaux : il n’existe par exemple aucune mesure contraignante pour équiper les agents de caméras corporelles au niveau provincial comme fédéral, ni même dans les agglomérations. Récemment, le SPVQ (Service de police de la Ville de Québec) a acquis des armes de service pour un montant de 2,8 millions de dollars.

Pour protéger notre jeunesse et lutter contre le racisme systémique au sein de la police, il est primordial de revendiquer le désarmement des corps de police municipaux et la dissolution des corps spéciaux tels que les forces mobiles ou groupes tactiques d’intervention : une revendication totalement absente du programme des partis électoraux à l’approche des élections provinciales.

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