Nous étions présent·es dimanche 9 août à la marche organisée pour la deuxième édition de la Fierté Indomptable (Wild Pride) à Montréal/Tiohtià:ke. Les cortèges ont marché pacifiquement, dans une ambiance à la fois festive et revendicative.
Cette année encore, il s’agissait d’organiser une contre-manifestation face au pinkwashing qui gangrène le traditionnel défilé de Fierté Montréal. En effet, ce qui faisait autrefois vivre la mémoire des événements de Stonewall (1969), lors desquels la communauté LGBTQ+ de New-York affronta victorieusement la police, est aujourd’hui devenu une affligeante parade apolitique au détriment de nos luttes.
L’année dernière, Fierté Montréal avait démontré son incapacité à se positionner contre le génocide actuel en Palestine en invitant l’organisation sioniste Ga’ava dans ses rangs, ce qui avait provoqué l’organisation de la Wild Pride en plus de la Rad Pride (Fierté Radicale) organisée par le Pink Bloc. Cette année, le Pink Bloc a décidé de ne pas reconduire sa manifestation annuelle pour se concentrer sur la prochaine Marche pour la libération trans en réponse aux assauts réactionnaires du gouvernement actuel et de l’opposition, à quelques mois des élections.
Nous nous sommes joints aux slogans anticolonialistes scandés pendant la marche (« No Pride in Genocide! ») mais aussi à ceux qui dénoncent le pinkwashing autour des enjeux LGBTQ+. De nombreux groupes capitalistes (Groupe Banque TD, Loto-Québec, Air Canda…) voient dans le défilé de Fierté Montréal une occasion de gagner une bonne image auprès de la communauté, parrainant l’événement en l’échange d’une vitrine pour leur communication.
Nous ne sommes pas dupes de cette récupération d’un combat politique historique au profit d’entreprises qui exploitent chaque jour les minorités sexuelles et de genre au même titre que les autres segments du prolétariat. Or la communauté LGBTQ+ subit à plus forte raison les effets du système capitaliste, qui s’applique à diviser méthodiquement la classe des travailleur·euses : discriminations sur le lieu de travail, perte de cotisations induites par la transition de genre…
Ces mêmes entreprises n’hésiteront par ailleurs pas à abandonner leur pseudo-soutien dès que le contexte politique s’y prêtera : on l’a vu avec la réélection de Trump, qui a entraîné des vagues massives de retrait de subventions pour la Pride et l’abandon de politiques d’entreprise inclusives de façade.
Signalons enfin que Fierté Montréal donne chaque année la parole à des représentants politiques libéraux issus du gouvernement, en particulier issus de la CAQ. La présence des partis libéraux ne doit pas plus nous illusionner sur les politiques réactionnaires qui sont menées à l’encontre des LGBTQ+ : en juin 2025, une directive du ministère de la Sécurité publique est entrée en vigueur qui impose aux personnes transgenres d’être incarcérées dans des établissements « correspondant au sexe qui leur a été attribué à la naissance ».
Il est urgent d’investir massivement la perspective d’une lutte queer révolutionnaire, en rappelant ses racines historiques. C’est dans la foulée de la Révolution française que l’homosexualité est dépénalisée pour la première fois dans le monde, en 1791. Après la révolution d’Octobre, en 1917, elle est dépénalisée dans la Russie et l’Ukraine soviétiques. Il devient même possible de faire changer la mention du sexe sur le passeport des personnes transgenres à partir de 1926. En comparaison, il faudra attendre 2003 pour la dépénalisation totale de l’homosexualité aux États-Unis…
C’est pourquoi nous souhaitons nous associer à toutes les initiatives qui relient les luttes intersectionnelles à la lutte plus général contre le capital, dans une perspective marxiste et révolutionnaire.

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