Élections 2026 : bilan du premier débat

Le premier « débat des chefs » s’est tenu ce soir à TVA, un débat où les candidats, fidèles à eux-même, ont chacun déroulé leur cassette habituelle comme de bons politiciens professionnels. Mais pour la classe ouvrière il est difficile de voir dans n’importe lequel des candidats un authentique défenseur des ses intérêts, qui se soucie réellement du sort des travailleurs, et pas seulement de sa propre (ré)élection.

Christine Fréchette : « je ne suis pas François Legault »

« Je ne suis pas François Legault », voilà la phrase qui aura le plus résonné dans ce débat. Le bilan de la Coalition Avenir Québec (CAQ) est tellement catastrophique que Christine Fréchette essaye par tout les moyens de faire oublier son lien avec le gouvernement Legault. Le parti a été officiellement renommé « Équipe Christine Fréchette – Coalition Avenir Québec », et le logo de la CAQ a été effacé de toute les pancartes électorales.

Si sa réthorique réthorique consistait principalement à essayer de faire oublier les 8 ans de bilan désastreux de la CAQ, elle ne se limitait pas qu’à cela. Sa réthorique consistait aussi à utiliser sa position de première ministre pour évoquer les montants dérisoires investis à gauche à droite pour essayer créer des « effets de manches ». Elle s’est également adressé à la bourgeoisie québécoise en évoquant les nombreux contrats d’investissements qu’ils proviennent de capitaux étrangers ou de capitaux fédéraux, afin de tenter de convaincre la bourgeoisie de continuer à accorder son soutient à la CAQ.

Son dernier argument consistait à évoquer la menace trumpiste et à s’appuyer sur le soutien indirect de Carney – qui cherche à torpiller le Parti Québécois en divisant le vote francophone, afin d’éviter d’avoir à affronter un référendum pour préserver l’unité de la « prison des peuples » (pour reprendre l’expression de Lénine) qu’est l’État canadien – pour instrumentaliser la peur de l’instabilité économique pour rallier la classe capitaliste et les travailleurs inquiets au statut-quo économique et politique.

Tout cela ne sera pas suffisant pour sauver la CAQ, après 8 ans de gouvernement de la CAQ, de crise du logement, de l’alimentation, d’explosion de l’itinérance, de salaires écrasés par l’inflation et de milliards gaspillés à tout vent par la CAQ nous ne sommes pas prêt d’oublier la politique anti-sociale et pro-capitaliste de la CAQ. « Je me souviens » n’est pas la devise du Québec pour rien, et nul doute que le peuple se souviendra du bilan de la CAQ le 5 octobre, et dégageront la CAQ une bonne fois pour toute.

Paul Saint-Pierre Plamondon : l’homme qui se voyait déjà premier-ministre

Durant le débat, l’objectif de Paul Saint-Pierre Plamondon (PSPP) consistait à décrédibiliser la CAQ tout en se présentant comme l’alternative la plus crédible. On le lit dans son regard, PSPP se voit déjà premier ministre.

Sur le question économique celui-ci a repris une partie de la réthorique libertarienne du parti conservateur sur le fameux « dégraissement de l’État », où il propose de sauver quelques millions en coupant à grand coup dans la « bureaucratie ». Une réthorique qui masque assez mal une politique d’austérité qui vise en réalité à supprimer des emplois de fonctionnaires et à jeter à la rue des travailleurs. Il reprend également la réthorique de droit classique de la CAQ et du parti Libéral sur la volonté de « créer une fiscalité avantageuse » pour « créer plus de richesse » en gros faire plus de cadeaux aux capitalistes étrangers à grand coup de baisses d’impôts et de subventions publiques, pour essayer d’attirer plus de capitaux au Québec. Mais en même temps PSPP essaie également de chasser sur les terres de Québec Solidaire en nous assurant qu’un gouvernement du Parti Québécois va « redistribuer les richesses » et « améliorer les services publics ». On se demande bien par quel miracle PSPP comte redistribuer les richesses s’il réduit les taxes sur les compagnies, les corporations et autres grandes multinationales, afin de créer une « fiscalité avantageuse » (avantageuse pour qui ?). À moins que dans la bouche de PSPP « redistribuer la richesse » signifie prendre l’argent dans les poches des travailleurs pour le donner aux capitalistes.

L’indépendance du Québec, cheval de bataille historique du PQ aura aussi été l’occasion pour PSPP de marquer des points. Face à un chef du PQ qui défendait la nécessité pour un peuple de se libérer, d’accéder à l’indépendance, de devenir « maître chez lui » les arguments de « grateux de cennes » de la CAQ et du parti conservateur, prétextant le coût du référendum (130 millions $, soit 15$ par Québécois) démontre le caractère minable de ces partisans du status quo. Cela a sûrement épargné à PSPP le fait d’avoir a répondre à la question difficile d’un éventuel refus du référendum par le gouvernement fédéral, et d’une situation de type catalane. La seule vraie indépendance passe par la lutte des classes et le socialisme.

Éric Duhaime : le privé c’est la panacée

Le candidat libertarien est de loin le pire ennemi de la classe ouvrière. Pourtant celui-ci essaye de se faire passer comme « l’ami » de ceux qui ont de la misère à terminer leur fin de mois et à se payer l’épicerie (avec un tel ami on a pas besoin d’ennemi). Sa solution est toujours la même pour l’alimentation, pour l’éducation comme pour la santé : le privé, le privé, le privé. Mais le privé n’est une solution que pour ceux qui cherchent à enrichir les capitalistes au détriment de la classe ouvrière. Le privé coutera toujours plus cher que le public pour la simple raison qu’il nous facturera toujours les profits de la bourgeoisie en plus des coûts de production, c’est ce qu’on appelle « le coût du capital ». De plus le privé n’accélérera pas l’accès au service, il se contera de faire passer les riches qui ont les moyens de payer, avant la classe ouvrière. Quiconque veut se convaincre que les projets de privatisation de la Santé d’Éric Duhaime sont catastrophiques n’a qu’à regarder les États-Unis, où l’ont est littéralement condamné à mourir si jamais on n’a pas assez d’argent pour se faire soigner.

Charles Milliard : candidat des milliardaires

Le part libéral n’a pas changé, c’est toujours le parti de la grande bourgeoisie anglophone. Milliard a beau essayer de nous faire croire que son parti à changé, qu’il est pour les énergies vertes (éoliens, solaires, hydroélectique) et pas pour les gaz de schistes, ou qu’il veut améliorer les services publics, mais tout comme pour la CAQ, le peuple n’a pas oublié les 4 ans au pouvoir de Philippe Couillard et les 9 ans de Jean-Charest. Nous savons que le parti libéral n’est que le parti de la grande bourgeoisie, qu’il défend les intérets des capitalistes contre le prolétariat. Sa politique consiste à semer l’austérité, à détruire les hôpitaux, les écoles et tout le filet social pour réduire les impôts des corporations et des grandes fortunes, ou réinvestir l’argent des coupures en cadeaux et en subventions pour les patrons. Quand elle ne consiste pas à détruire l’État providence à privatiser tout ce qu’il y a de social pour en faire une nouvelle source de profit pour les capitalistes. Le parti libéral n’est qu’une version plus « respectable », plus « modéré » du parti conservateur. Le libéralisme n’est qu’un libertarianisme dilué. Si le parti libéral n’est pas donné gagnant pour cette élection, il faut néanmoins se méfier d’un éventuel retour du parti de l’austérité aux élections suivantes.

Ruba Ghazal : la gauche toujours plus molle

N’importe quel ouvrier ou n’importe militant de gauche ne peut que désespérer de la performance sommes toute assez terne, pour ne pas dire déplorable de Ruba Ghazal. La co porte-parole de Québec Solidaire s’est totalement effacée devant les autres candidats. À voir le débat, même les militants de Québec Solidaire doivent se mettre à regretter Gabriel Nadeau-Dubois ou Manon Massé.

Québec Solidaire a abandonné son projet de taxe sur les fortunes d’un million de dollars. QS ne s’attaque même plus au 1%, mais aux fortunes de 25 millions de dollars, soit le 0,1%, avec une taxe de 5 milliards de dollars (soit une taxe supplémentaire d’environ 5% seulement par fortune). Et Québec Solidaire n’appelle pas à récupérer l’argent que les capitalistes nous ont volés, mais à ce que les riches « fassent leur juste part ». Une réthorique d’autant plus ironique que c’était le parti libéral qui en 2012 appelait les étudiants à « faire leur juste part » lors de la grève étudiante contre la hausse des frais de scolarité.

Plutôt que d’appeler clairement à détruire le cartel des cinq grand épiciers, Ruba Ghazal appelé à créer « plus de compétition » en introduisant un nouvel acteur étatique sur le marché. Ce qui a provoqué la réaction de Duhaime qui de son coté « s’imaginait mal des fonctionnaires placer des tomates sur des étagères », ce qui masque mal le fait que le parti conservateur ne propose aucunne solution à l’explosion du prix de la nourriture, et qui est d’autant plus absurde que l’État possède déjà un monopole sur la vente d’alcool et que « les fonctionnaires placent déjà des bouteilles sur les étagères », alors pourquoi pas des tomates.

Au lieu d’une politique ambitieuse qui ferait du logement un droit, où la construction de logement serait planifié d’après les besoins de la population et où les logements seraient fournit gratuitement, ou même de l’expropriation des logements vides, QS propose de construire 70 000 logements sociaux, dont la moitié serait rachetés aux propriétaires de logements vides. Un plan louable, mais qui serait loin de mettre fin à la spéculation immobilière.

Bref, Ruba Ghazal ne semble pas déterminé à affronter les milliardaires ni le Parti Québécois d’ailleurs, puisqu’elle s’est également empêtré sur les questions d’immigration, incapable de dénoncer le racisme de PSPP qui a blâmé le crise de logement et l’engorgement des hôpitaux sur le dos des immigrants. Bref la campagne de Québec Solidaire n’est pas des plus passionnantes, et le fait que le parti semble stagner à 10 députés depuis 8 ans – alors que d’autres formations social-démocrate (comme le DSA américain) semblent enchainer les victoires – poussera sans doute les militants de gauche à se tourner vers une nouvelle alternative, tôt ou tard.

Pour un vrai parti de la classe ouvrière

Pour nous il est clair que la classe ouvrière, le prolétariat, n’est pas du tout représenter dans ces élections. Et pour cause, si chaque faction de la bourgeoisie a son parti (CAQ, PLQ, PQ) et si la petite bourgeoisie est représentée par QS, la classe ouvrière, elle, ne dispose pas de parti qui la représente politiquement. D’un parti qui assume ouvertement de représenter les intérêts de la classe ouvrière contre la classe capitaliste, au lieu de prétendre représenter « l’intérêt de tous les québécois », « l’intérêt général » ou « l’intérêt des classes moyennes ». Un parti qui assume la lutte des classes et la confrontations des capitalistes, plutôt que d’appeler les riches à « faire leur juste part ». Un parti qui démantèle les grands cartels capitalistes, au lieu de chercher à « introduire plus de compétition ». Un parti qui socialise le logement et le rende gratuit, et qui élimine la classe des propriétaires parasites.

Ce parti c’est un parti de classe, communiste et révolutionnaires, tel que la Ligue Marxiste Révolutionnaire Québécoise (LMRQ) cherche à le construire. C’est un parti qui ne compteras pas sur les élections pour changer les choses, mais qui misera directement sur la classe ouvrière elle-même et sur la révolution, sur un immense mouvement de masse de l’immense majorité de la population au profit de la majorité. Ce parti est nécessaire si l’on veut mettre fin à l’hégémonie des cinq nuances de partis bourgeois et petit-bourgeois, et aux 101 variétés de capitalisme plus ou moins ouvertement réactionnaire ou « progressiste » qu’ils nous proposent.

Ensembles, forgeons le parti du prolétariat, renversons le capitalisme et bâtissons le communisme !

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